​​Pourquoi les Russes passent-ils toujours à côté de leur rendez-vous avec la liberté ?

novaMAG : Billet d'humeur
By: Matt
Poverty in Russia

Il y a deux Russies. Celle des cartes postales et celle que l’on montre moins souvent. D’un côté, les bulbes dorés du Kremlin, les stations de métro en marbre de Moscou et les palais de Saint-Pétersbourg. Moscou et sa périphérie concentrent à elles seules un quart du PIB national. Le reste du pays se compose de localités sans tout-à-l’égout, de retraites à cent cinquante euros par mois, d’hôpitaux de district où les patients apportent leurs propres draps et d’écoles qui ferment faute de chauffage. Comme si deux pays différents partageaient le même drapeau.

Les chiffres mettent en lumière toute la violence de ce grand écart de richesses. Dix pour cent des Russes les plus riches détiennent 82% de la richesse nationale. Ce qui est un record parmi les pays développés. Douze pour cent des citoyens n’ont pas les moyens de se payer une alimentation suffisante. Vingt-cinq pour cent consacrent tous leurs revenus à la nourriture et ne peuvent donc pas s’acheter de vêtements. Trente-cinq pour cent des foyers ne peuvent offrir à chaque membre de la famille une paire de chaussures par saison. Les deux tiers des familles n’ont aucune épargne. Concernant le niveau de misère en Russie, je m’arrête là car la liste est hélas encore très longue. Ces données ne viennent pas d’ONG occidentales, elles sortent du Service fédéral des statistiques russe. Il y a donc fort à parier que la réalité soit bien pire.

La grande Russie des exploités c’est celle d’Ekaterinbourg, de Novossibirsk, de Vladivostok et de Kazan. Celle des campagnes du Caucase, de la Bouriatie, du Daghestan et de la Iakoutie. C’est elle qui fournit la chair à canon pour la guerre en Ukraine. Les Bouriates et les Touvas ont par exemple quatre fois plus de probabilités d’y mourir qu’un Russe de Moscou. En Crimée, 80% des ordres de mobilisation visent les Tatars qui ne représentent que 20% de la population. Pendant ce temps, les enfants de la nomenklatura passent du bon temps à Londres ou à Dubaï pendant que leurs parents gèrent depuis Moscou une économie de rente qui enrichit uniquement une petite caste de privilégiés.

Étrange pays ! Parce que la Russie dispose de ressources naturelles gigantesques, d’un territoire immense, d’universités qui ont décroché des Nobel, d’une littérature qui a façonné la pensée mondiale et d’ingénieurs talentueux qui ont permis de placer le premier homme en orbite. Malgré tout cela, depuis trois siècles, rien ne change dans le bon sens. Tsars, bolcheviks, Staline, Brejnev, Poutine. Les noms défilent et la matrice tient bon à l’aide d’un culte du chef tout puissant soigneusement entretenu.

La question est donc légitime. Pourquoi un pays doté de tant d’opportunités est-il un véritable enfer depuis des siècles pour la majorité de ses habitants ? C’est que nous allons essayer de comprendre dans cet article.

Ce que la Russie a donné de grandiose au monde

Avant de parler de tout ce qui déconne franchement, commençons par constater le positif. Car peu de pays peuvent prétendre avoir pesé autant que la Russie sur la culture mondiale et les progrès scientifiques.

En littérature, la Russie a inventé une densité psychologique qu’aucune autre littérature ne lui dispute. Dostoïevski a fouillé l’âme humaine comme un scalpel avant même que Freud ne théorise l’inconscient. Tolstoï a signé dans Guerre et Paix ce qui reste probablement le plus grand roman jamais écrit. Tchekhov a réinventé la nouvelle et le théâtre. Et Gogol a inspiré Kafka.

Le vingtième siècle a poursuivi ce sillon, mais sous une forme encore plus tragique. Boulgakov a écrit Le Maître et Marguerite dans la clandestinité totale de la terreur stalinienne. Pasternak fut persécuté pour son Docteur Jivago et a dû refuser le prix Nobel sous la pression du Kremlin. Akhmatova refusait de quitter Leningrad pendant les purges et attendait chaque nuit une arrestation qui n’est jamais venue pour elle mais qui a frappé ses proches. Mandelstam est mort au goulag pour un poème de seize vers contre Staline. Brodsky, lui aussi prix Nobel, a été condamné pour “parasitisme social” puis forcé à l’exil. Soljenitsyne a documenté l’archipel du Goulag au péril de sa vie. On est donc sur toute une kyrielle d’auteurs talentueux et courageux qui ont forgé toute une littérature dans la résistance à l’oppression.

En sciences, le tableau est tout aussi impressionnant. Mendeleïev et le tableau périodique des éléments. Lobatchevski et la géométrie non-euclidienne qui ouvrit la voie à la relativité d’Einstein. Pavlov et la physiologie. Kolmogorov, probablement le plus grand mathématicien du vingtième siècle dans le domaine des probabilités. Landau, Kapitsa et Sakharov. Ce dernier mérite qu’on s’y arrête parce que c’est le créateur de la bombe H soviétique. Il est pourtant devenu ensuite le plus grand dissident de l’URSS. Malgré un prix Nobel de la paix reçu en 1975 il fut assigné à résidence à Gorki pendant sept ans. Le génie scientifique russe rimait donc souvent avec conscience politique.

En matière de conquête spatiale, la Russie a écrit les premières pages de l’histoire. D’abord Spoutnik en 1957, Gagarine en 1961, Tereshkova première femme dans l’espace en 1963, la station Mir et encore de nos jours les capsules Soyouz qui continuent d’acheminer les équipages vers l’ISS.

Dans les arts, la contribution russe pèse tout aussi lourd. La musique classique lui doit Tchaïkovski, Rachmaninov, Stravinsky et Prokofiev. Mais elle lui doit surtout Chostakovitch, qui a survécu à Staline en codant sa dissidence dans ses partitions.

La danse a connu sa révolution avec les Ballets russes de Diaghilev au début du vingtième siècle. Noureev a franchi le rideau de fer en 1961 pour incarner ce que la liberté pouvait donner à un corps et à un art.

La peinture a vu naître Kandinsky, inventeur de l’art abstrait. Malevitch a signé le Carré noir sur fond blanc, l’un des tableaux les plus radicaux de l’histoire. Chagall a porté son onirisme juif de Vitebsk jusqu’à Paris. Rodchenko et les constructivistes ont réinventé le graphisme et l’architecture dans la flamboyance des années 1920, juste avant que Staline n’écrase le mouvement.

Le cinéma russe n’est pas en reste. Eisenstein a posé les fondations de la grammaire moderne avec Le Cuirassé Potemkine. Tarkovski a filmé des poèmes qui ont influencé trois générations de cinéastes dans le monde entier.

Le jeu vidéo est aussi très bien représenté. Avec Tetris qui fut inventé en 1984 par Alexeï Pajitnov dans les sous-sols de l’Académie des sciences de Moscou sur un Elektronika 60. C’est devenu depuis l’un des jeux les plus joués de toute l’histoire. Pourtant, Pajitnov n’a rien touché en royalties pendant dix ans parce que le produit de son génie avait été confisqué par l’État soviétique avant de lui revenir enfin dans les années 1990. Derrière cette énorme référence, toute une industrie a prospéré. Comme Saber Interactive qui fut fondé à Saint-Pétersbourg en 2001. Ce studio co-développe aujourd’hui des blockbusters comme Space Marine 2. Plus largement, les créateurs russes ont signé des jeux cultes à l’univers sombre et exigeant.

Et puis il y a l’angle que l’on oublie presque toujours quand on parle de la Russie. Il s’agit bien sûr de sa tradition anarchiste. Avec de grands penseurs tels que Pierre Kropotkine qui a théorisé la coopération comme moteur du vivant. De son côté, Mikhaïl Bakounine, père de l’anarchisme collectiviste, a croisé le fer avec Marx dans la Première Internationale. Il défendait farouchement une révolution qui ne crée pas de nouveau maître. Et Tolstoï lui-même s’est rapproché sur la fin de sa vie d’un anarchisme chrétien qui a influencé Gandhi.

Les applications concrètes ont suivi. Avec par exemple Nestor Makhno qui a tenu pendant trois ans une zone autogérée dans l’Ukraine de 1918 à 1921 avant d’être écrasé par l’Armée rouge. Il y avait aussi les Socialistes-Révolutionnaires qui étaient majoritaires dans les premières élections libres de l’histoire russe en novembre 1917. Mais ils ont été dissous manu militari par les bolcheviks deux mois plus tard.

Au final, toute cette tradition représente un énorme héritage. Et surtout, elle indique clairement que l’autoritarisme n’est pas inscrit dans le code génétique d’un peuple. Si les Russes ont été gouvernés ainsi ce n’est pas par choix. C’est surtout parce que les autres voies avaient été liquidées. Alors oui, la Russie a tout pour briller. D’ailleurs, elle a brillé. Mais depuis quelques années la lumière est presque totalement éteinte.

L’histoire du côté obscur de la Russie

De tsars en dictateurs, de trahison en trahison, la Russie raconte toujours la même histoire. Celle d’un peuple qui espère. Mais toujours les mêmes schémas de confiscation des libertés et des richesses se remettent en place.

Commençons par les Romanov. Trois siècles au sommet où la majorité de la population reste la propriété légale des puissants jusqu’en 1861. On achète le paysan avec sa terre. On le vend. On l’hérite. On le joue même aux cartes. Quel charmant pays ! Le tsar se fait appeler “petit père du peuple”. Formule touchante quand on se souvient qu’elle désigne le père d’une famille dont les membres sont sa propriété. Et quand cette famille se présente le 22 janvier 1905 devant le Palais d’Hiver pour demander poliment un peu de justice, papa répond au fusil-mitrailleur. Un millier de morts. La leçon est comprise.

Elle sera retenue pendant douze ans. Jusqu’en Février 1917 où Petrograd se soulève. Les ouvriers et les soldats refusent d’obéir. Les Romanov tombent et le peuple qui a vaincu ses tyrans organise alors pour la première fois dans l’histoire russe des élections libres. Les citoyens votent massivement pour les Socialistes-Révolutionnaires qui promettent la terre aux paysans et une vraie démocratie. Les bolcheviks arrivent quant à eux quatrième. Mais petit détail très important : ils ont les fusils ! Fort de cet atout, en janvier 1918, Lénine dissout l’Assemblée constituante après une seule séance. La première véritable démocratie russe n’aura tenu que treize semaines. Un record du monde de brièveté qui tient encore. Les anarchistes, les SR et les mencheviks seront liquidés dans la foulée. Le “communisme” venait de prendre le pouvoir sous la forme d’une dictature de parti.

En 1921, les marins de Kronstadt, héros d’octobre trois ans plus tôt, osent faire remarquer que ce n’est pas exactement ce qu’ils souhaitaient lorsqu’ils se sont révoltés. Ils réclamèrent donc des soviets libres et la fin de la terreur. En guise de réponse, Trotsky envoya l’Armée rouge les massacrer sur la glace gelée de la Baltique. Ce qui revint au fait de tuer les révolutionnaires au nom de la révolution. Le décor des décennies à venir était posé.

Ensuite ce fut le tour de Staline. Il n’a rien inventé. Il a juste perfectionné la brutalité du pouvoir. Il a patiemment attendu la mort de Lénine pour prendre la direction du parti. Puis il a liquidé ses anciens camarades un par un au fil des années. La collectivisation forcée a affamé l’Ukraine entière. Le Holodomor a fait à lui seul entre trois et cinq millions de morts. Des peuples entiers ont été déportés dans des wagons à bestiaux. Tchétchènes, Tatars de Crimée, Kalmouks et Allemands de la Volga. Le Goulag a avalé dix-huit millions de personnes. Les purges de 1937-1938 ont expédié 750000 citoyens au peloton d’exécution sur la base de procès bouclés en vingt minutes. Pour ceux qui crient facilement à la propagande occidentale, tous ces chiffres sont tirés des archives soviétiques elles-mêmes. Sous le “communisme” d’État la vie humaine ne valait plus rien. C’était juste une donnée répartie en quotas d’arrestations envoyés par Moscou aux régions. Au final, Staline reste peut-être le seul dirigeant de l’histoire à avoir tué ses citoyens selon un plan quinquennal.

Il est mort en 1953. Tout le monde a respiré et Khrouchtchev a entrouvert les fenêtres. Il a dénoncé le culte de la personnalité et libéré quelques survivants du Goulag. Puis Brejnev a tout bouclé et la Russie s’est enfoncée dans sa grande sieste gérontocratique avec des vieillards en costume gris qui gouvernaient depuis leur lit d’hôpital un pays qui avait oublié ce qu’était une idée neuve. Jusqu’en 1986 où la centrale nucléaire de Tchernobyl a explosé. Bien sûr, dans la grande tradition des dirigeants russes, le premier réflexe du pouvoir fut de cacher ce drame. Jusqu’à laisser défiler des enfants ukrainiens dans le nuage radioactif pour la parade du 1er mai.

Il faut dire ici à quel point l’économie soviétique était à l’agonie. Pendant que les dirigeants se succédaient sur leurs fauteuils roulants, le pays se ruinait en silence. La planification centralisée avait tué toute innovation. Les usines produisaient des biens dont personne ne voulait. Les magasins étaient vides pendant que des surplus pourrissaient dans des entrepôts. Les queues pour acheter du pain devenaient la norme dans les villes de province. Tout ça parce que l’URSS dépensait un quart de son PIB en armement pour tenir le rythme face aux États-Unis. Et à force de tirer sur la corde, ses coffres étaient vides. Et c’est vraiment à partir de 1986 que le château de cartes a vraiment commencé à trembler parce que le prix du pétrole s’était effondré.

C’est dans ce contexte que Gorbatchev est arrivé au pouvoir. Lui au moins avait compris que le pays fonçait droit dans le mur. Il a donc tenté une sortie honorable. Glasnost pour libérer la parole, perestroïka pour réformer l’économie et la désescalade avec Reagan pour arrêter l’hémorragie de dépenses militaire. C’était peut-être le premier dirigeant soviétique depuis Lénine à avoir une vraie vision. Mais c’était trop tard parce que tout s’est effondré en 1991 lorsque l’URSS a disparu en quelques mois et a emporté avec elle ce qui pouvait encore ressembler à un État.

Les années 1990 auraient pu être la grande chance russe. L’occasion de prendre enfin le virage que le pays n’avait jamais saisi. Mais ce fut l’inverse ! Parce qu’une dizaine de types suffisamment cyniques ont raflé en quelques mois l’intégralité des actifs industriels du pays grâce aux privatisations truquées et au mécanisme des prêts contre actions. Et pendant que quelques-uns devenaient milliardaires en une saison, l’espérance de vie masculine s’effondrait à 57 ans. Les retraites n’étaient même plus versées. Alors la vodka est redevenue ce qu’elle avait toujours été pour les Russes écrasés : Un puissant anesthésiant bon marché.

Au sommet de ce naufrage Boris Eltsine est venu porter le coup de grâce au développement du pays. C’était un homme cardiaque, alcoolique, parfois lucide et souvent absent. Mais il fut néanmoins réélu en 1996 grâce au soutien massif des oligarques qu’il autorisait à dépouiller la Russie de ce qu’il restait de ses richesses. Mais en 1999, le vieux lion a décidé de passer la main en prenant soin de désigner son successeur. Et celui qu’il a choisi n’était ni un réformateur, ni un démocrate, ni même une figure politique connue du grand public. C’était juste un ancien agent du KGB reconverti à la mairie de Saint-Pétersbourg sous Anatoli Sobtchak. Dans cette ville alors gangrenée par la criminalité organisée post-soviétique, il supervisait les relations entre la mairie et le monde des affaires. Autant dire les relations entre la mairie et la Tambovskaya, la pieuvre mafieuse qui tenait le business du port, de la drogue et de l’immobilier. Il avait déjà été épinglé à l’époque dans le dossier alimentaire de 1991, une affaire de contrats d’exportation fictifs signés en échange de denrées jamais livrées à une ville pourtant affamée. Le pays fut donc livré à un petit homme froid, sans charisme apparent, mais bien introduit dans les services de sécurité et dans les réseaux criminels de Saint-Pétersbourg. Son nom : Vladimir Vladimirovitch Poutine.

Trois siècles de malheur pour arriver à cette transition pitoyable ! D’un tsar propriétaire de ses serfs à un mafieux propriétaire de son pays. En passant par des bolcheviks qui ont volé la révolution, un Géorgien qui a volé le parti unique, une gérontocratie qui a tout laissé pourrir sur pied et un vieil alcoolique qui a fini par vendre la maison à un ancien du KGB. Cohérent, quelque part. Mais surtout désespérant.

Ce que trois siècles d’autoritarisme ont ancré dans l’esprit des russes

Un peuple ce n’est pas ses dirigeants. Mais trois siècles de dressage féroce ça laisse forcément des traces. Et ces traces ne sont pas russes par essence, elles sont russes par accumulation. Accumulation de peurs intériorisées, de mensonges officiels gobés pour survivre, de réflexes d’obéissance transmis de génération en génération de la même façon que l’on transmet une langue maternelle ou une religion.

Commençons par le plus lourd. Quand un État tue plusieurs millions de ses propres citoyens en une ou deux générations, quelque chose se casse dans la société qui a vécu ça. La vie humaine cesse d’avoir le même poids. Pas parce que les Russes seraient cruels par nature, mais parce que la norme a été repoussée si loin qu’elle a fini par redéfinir ce qui est normal.

Quand ton voisin disparaît dans la nuit et que personne ne pose de questions, tu apprends à ne plus poser de questions. Quand un million de morts ne déclenche aucune émotion dans la presse d’État, tu finis par ne plus ressentir grand-chose non plus. C’est de cette façon que la vie humaine est devenue une variable d’ajustement dans l’espace public russe. Pour preuve, les chiffres terrifiants des pertes militaires en Ukraine sont traités avec le même détachement comptable que l’on réserve ailleurs aux données économiques. Personne ne s’émeut vraiment. Personne ne descend dans la rue. Parce que l’inacceptable a eu le temps de devenir banal. Parce que la peur de la répression sans pitié est plus forte que le reste. Pourtant, il y aurait eu beaucoup moins de pertes humaines en virant Poutine qu’en s’engageant dans une tragique guerre fratricide contre un pays voisin. Mais il faut croire que c’était plus confortable de soutenir cette folie en se racontant des mensonges.

Dans la même logique, les Russes ont appris à accepter l’inégalité comme une loi de la nature. Hier, c’était la nomenklatura. Une caste de deux ou trois millions de privilégiés qui avaient accès à des magasins de luxe qui leur étaient réservés, aux datchas de fonction, aux soins médicaux décents et aux voyages à l’étranger. Tout ça pendant que le reste du pays faisait la queue pour du savon. Aujourd’hui, c’est la mafia des oligarques milliardaires. Une caste encore plus étroite, composée seulement de quelques centaines de familles qui possèdent des yachts, des jets privés, des villas au soleil et des parts de marché dans les hydrocarbures du pays. Pendant ce temps là, le pensionné de Novossibirsk compte ses kopecks en espérant finir le mois.

La mécanique est la même depuis trois siècles. Une petite caste a tous les droits sauf celui de critiquer le chef. Et tous les autres n’ont aucun droit. Et surtout pas celui de critiquer la petite caste de parasites au pouvoir. Mais pourquoi cette situation inacceptable tient-elle ? Pourquoi personne ne descend dans la rue avec des fourches quand un oligarque achète une équipe de football anglaise alors qu’un hôpital ferme à deux heures de Moscou ? Parce que toutes les tentatives de révolte ont été étouffées avant d’aboutir. Le peuple russe a fini par intégrer faussement que se révolter ne sert à rien. Cette résignation n’est pas de la lâcheté. C’est une fois de plus le produit d’un long conditionnement.

L’autre héritage s’appelle l’autocensure. Elle a un équivalent en russe que les Russes eux-mêmes ont forgé pour la désigner. Le dvoïemyslié qui signifie double-pensée. Orwell l’a d’ailleurs théorisée dans 1984 mais les Russes la pratiquaient déjà depuis un demi-siècle quand le livre est paru. Concrètement, cela revient à dire une chose en public alors que l’on pense le contraire. Applaudir en réunion le dirigeant que l’on déteste viscéralement. Ou bien signer la pétition de condamnation d’un voisin dont on sait qu’il est innocent.

Sous Staline, cette gymnastique était une condition de survie. Après Staline, elle est devenue une seconde nature. Aujourd’hui encore, quand un sondage annonce 80% d’approbation à Poutine, il faut comprendre ce que le chiffre mesure vraiment. En réalité, il mesure juste combien de Russes ont encore le réflexe de dire au téléphone à un inconnu qui pose des questions politiques exactement ce qu’il faut dire pour ne pas attirer l’attention. L’URSS est morte depuis plus de trente ans. Mais les réflexes qu’elle a su imposer sont toujours bien vivants.

Et par-dessus tout ça, il y a un bon gros mythe pour faire tenir l’édifice. Celui de la Grande Russie éternelle. Une nation messianique gardienne de valeurs qui sauveraient le monde. Ce qui représente un récit aussi grossier et aussi efficace que celui du rêve américain dans sa version la plus mystique. Parce que c’est le genre de fable qui permet aux Russes pauvres de se sentir grands à défaut d’être heureux. Cela permet aussi de transformer chaque guerre impérialiste en croisade défensive contre un Occident hostile. Bref, le mythe de la Grande Russie est le ciment qui empêche la maison de s’effondrer. C’est aussi ce qui rend toute réforme impossible. Car on ne peut pas se réformer tant que l’on se croit au dessus des autres.

Voilà le vrai poids mort. Ce n’est pas la nature russe, c’est l’héritage russe. Et la différence est capitale. Il n’y a donc strictement rien d’inéluctable. Pour mieux le comprendre, prenons l’exemple de l’Allemagne. En 1945 elle portait le même fardeau historique. Mais au lieu de fuir une cruelle vérité elle l’a regardé en face, nommé, enseigné et soldé. C’est ce qu’on appelle en allemand la Vergangenheitsbewältigung, le travail de passage par le passé. De son coté, la Russie n’a jamais fait ce travail. Elle n’a pas soldé Staline. Elle n’a pas soldé le KGB. Elle n’a pas soldé l’empire. Donc tant que ce travail ne sera pas fait, chaque génération héritera du même fardeau. Et le fardeau s’alourdira encore pour produire toujours le même système totalitaire.

La Russie fédération c’est le plus grand mensonge cartographique du monde

Sur le papier, la Russie est une fédération. Avec quatre-vingt-trois sujets, dont vingt-et-une républiques, des territoires, des régions et des districts autonomes. Mais en pratique, la Russie est un empire centralisé depuis Moscou qui traite ses propres territoires comme des colonies. Le mot fédération sert juste de décor pour que ce soit un peu acceptable. Car rien ne se décide en dehors du Kremlin. Et tout ce qui rentre dans les caisses fédérales sort du sol des périphéries avant d’être redistribué selon le bon vouloir du pouvoir central.

Le cadre idéologique de cette domination porte un nom que Poutine et l’Église orthodoxe ont remis au goût du jour depuis les années 2000. Il s’agit du Russki mir, le “Monde russe”. Officiellement, c’est une communauté culturelle et spirituelle. En réalité, c’est une hiérarchie. Au sommet, le Russe ethnique, orthodoxe et slave qui est censé être le gardien de la civilisation. En dessous, tous les autres peuples de la fédération sont tolérés tant qu’ils restent à leur place. Au final, même si la propagande vante la cohabitation harmonieuse de cent cinquante nationalités sous un même drapeau, le terrain raconte autre chose.

Parce que le vrai terrain, c’est un colonialisme interne qui ne dit pas son nom. Les vingt-et-une républiques dites autonomes regroupent la plupart des peuples non-russes du pays. Tatars, Tchétchènes, Ingouches, Daghestanais, Bachkirs, Iakoutes, Bouriates, Touvas, Kalmouks, Oudmourtes, Maris, Komis, et des dizaines d’autres. Chacune de ces populations avait sa langue, sa culture, ses institutions, parfois même son État avant l’absorption par l’empire tsariste ou par l’URSS.

Pour tous ces peuples colonisés, la langue russe a été imposée comme langue d’instruction. Dans la plupart de ces régions, les langues locales ont été réduites à des matières optionnelles et marginales dans les écoles. Depuis 2018, une loi fédérale a supprimé l’obligation d’enseigner les langues régionales dans les républiques concernées. Autant dire que c’est leur condamnation à mort programmée sur deux générations. En plus du langage, la culture matérielle a subi le même sort. Les lieux sacrés ont été profanés ou détruits sous les Soviets. L’histoire nationale des peuples colonisés a été réécrite pour la faire rentrer dans le grand récit russe. Et toute tentative de revendication identitaire est automatiquement requalifiée en séparatisme. Et donc immédiatement réprimée dans le sang.

Dans ce contexte, le racisme n’est pas un travers individuel que l’on pourrait déplorer chez quelques brebis galeuses. C’est carrément une banalité à très grande échelle. Les Caucasiens et les Asiatiques centraux sont contrôlés en permanence par la police dans les rues de Moscou, insultés dans les transports et discriminés à l’embauche et au logement. Le mot “tchourki”, l’un des plus insultants du répertoire raciste russe, désigne n’importe quel citoyen aux traits non-slaves, même les Russes de nationalité.

La mobilisation pour la guerre en Ukraine a fait tomber le masque. Pendant que Moscou et Saint-Pétersbourg étaient relativement épargnées, les ordres de mobilisation se sont concentrés sur les républiques périphériques. Les Bouriates et les Touvas ont eu quatre fois plus de probabilités d’y mourir qu’un Russe de la capitale. Le Daghestan a vu ses villages vidés de leurs jeunes. La Bouriatie a enterré ses fils à un rythme effrayant. Autrement dit, le pouvoir central a envoyé majoritairement au front les populations qu’il méprisait pour alimenter une guerre d’expansion au nom d’un “Monde russe” dont elles n’ont jamais fait pleinement partie. Le colonialisme russe a donc trouvé sa forme la plus machiavélique en utilisant la vie des colonisés pour conquérir de nouvelles colonies.

Comparons maintenant avec ce qu’on appelle ailleurs une fédération. Aux États-Unis, chaque État dispose de ses propres pouvoirs législatifs, judiciaires, fiscaux et éducatifs. Le Texas ne fonctionne pas comme le Vermont et c’est précisément le principe d’une fédération. En Allemagne, les Länder lèvent leurs propres impôts, gèrent leur police, leur éducation et pèsent au Bundesrat face au gouvernement fédéral. En Suisse, les cantons sont si souverains qu’ils décident de leur propre politique fiscale et sanitaire. Dans une vraie fédération, le centre et la périphérie se partagent la souveraineté et les richesses, avec des valeurs communes construites collectivement au fil du temps. La Russie fait l’inverse depuis toujours. Une main aspire les ressources, tandis que l’autre impose la terreur. Et ce qui reste s’appelle des miettes redistribuées à la discrétion du Kremlin.

La Russie n’est donc pas une fédération. C’est juste un empire maléfique. Ou plus simplement un État colonial. Et dans tous les cas, le colonialisme et les empires ont toujours perpétué les pires horreurs tout au long de l’histoire des civilisations humaines.

Où commence la complicité entre le peuple russe et la dictature ?

Reste la question qui fâche. Celle que l’on évite poliment dans les articles de presse occidentale de peur de paraître méprisant. Celle qu’il faut pourtant impérativement poser si l’on veut sortir du récit victimaire qui arrange tout le monde, surtout le régime que l’on prétend dénoncer. Les Russes sont-ils victimes ou complices de leur système politique ?

Les deux, évidemment ! Mais la proportion compte. Un peuple muselé pendant trois siècles ne se réveille pas en une nuit. Un peuple qui a vu ses grands-parents disparaître au goulag pour un mot de travers n’a pas les mêmes réflexes qu’un peuple qui manifeste librement depuis dix générations. Ces nuances sont réelles et il serait injuste de les ignorer. Mais elles ont leurs limites. Et ces limites, Orwell les avait formulées mieux que personne.

Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime. Il est complice.

La phrase est dure. Elle gifle ! Elle refuse le confort de la plainte perpétuelle. Elle dit qu’à partir d’un certain seuil, l’excuse de l’ignorance ne tient plus. Que l’excuse de la peur ne suffit plus. Que l’excuse du matraquage propagandiste ne suffit plus. Qu’il arrive un moment où ne rien faire devient une forme d’action. Que se taire devient aussi clair que de parler.

D’accord, Poutine a organisé plusieurs fois des élections grossièrement truquées. Mais qui est venu voter ? Qui a signé les listes électorales ? Qui a accepté de jouer le jeu du décor démocratique au lieu de le désavouer publiquement ? D’accord, Poutine a lancé une guerre de conquête en Ukraine. Mais combien de Russes sont descendus dans la rue en février 2022 ? Quelques milliers, rapidement dispersés. C’était clairement insuffisant ! Combien ont refusé la mobilisation de septembre 2022 ? Plusieurs centaines de milliers ont fui à l’étranger. Courage ou lâcheté de ne pas se rebeller ? Les deux peut-être ? mais on notera que parmi ceux qui n’ont pas eu les moyens de partir à l’étranger, bien peu ont trouvé la force de dire non publiquement.

Poutine règne depuis vingt-cinq ans. Il a eu besoin pour cela du travail quotidien de millions de fonctionnaires, d’enseignants, de juges, de policiers, de journalistes, de soldats… Et chacun d’eux a choisi, jour après jour, de faire tourner la machine. D’ailleurs, Orwell a très bien décrit ce mécanisme. Parce qu’il avait construit La Ferme des animaux explicitement comme une critique de la révolution russe trahie. Et il en tirait cette morale précise, qu’il convient de citer en entier :

J’ai conçu La Ferme des animaux avant tout comme une satire de la révolution russe. Je souhaitais qu’on en tire la morale suivante : les révolutions ne produisent d’amélioration radicale que lorsque les masses sont en alerte et savent congédier leurs meneurs dès que ces derniers ont fait leur boulot.

Savoir congédier ses meneurs. Voilà la phrase-clé ! Ce que les Russes n’ont jamais su faire. Ou plutôt, ce qu’on les a méthodiquement empêchés de faire à chaque tentative. Mais à un moment, il faut reprendre le pouvoir sur sa propre histoire, même si c’est à mains nues.

L’Europe centrale l’a fait en 1989 sans que le sang ne coule dans la plupart des pays. Les Polonais, les Tchèques, les Hongrois, les Allemands de l’Est, les Baltes ont réussi à congédier des régimes qui paraissaient aussi inamovibles que le régime russe d’aujourd’hui. Certains avec Solidarnosc dès 1980, certains par la grève générale, certains par la négociation de table ronde, certains par la chute d’un mur. Et tous avait un point commun : Ils avaient décidé qu’ils ne seraient plus complices. Qu’ils refuseraient de continuer à faire tourner la machine. Le reste a suivi tout seul.

La Russie n’a jamais connu ce moment. Elle l’a effleuré en 1991 mais elle a laissé Eltsine et les oligarques lui voler cette occasion historique. Elle ne l’a pas retenté depuis. C’est ça la vraie tragédie contemporaine du peuple russe. Pas d’être opprimé, tant de peuples le sont ou l’ont été. Mais de ne pas avoir su, ou voulu, se débarrasser de ses oppresseurs quand la fenêtre était ouverte. Et de laisser aujourd’hui la chape de plomb devenir de plus en plus étouffante au fur et à mesure que le temps passe. Quel que soit le niveau de souffrance enduré c’est le sentiment de léthargie qui domine.

Conclusion : Ce que la Russie pourrait devenir

Regardons lucidement avec qui la Russie partage aujourd’hui les bancs diplomatiques. La Corée du Nord de Kim Jong-un, qui fournit des obus et de la main-d’œuvre militaire contre du pétrole et des technologies. L’Iran des ayatollahs qui livre des drones Shahed pour frapper les immeubles ukrainiens. La Biélorussie de Loukachenko qui est une autre dictature mafieuse transformée en satellite docile. La Syrie de Bachar el-Assad jusqu’à sa chute en 2024. Le Venezuela sous Maduro. La junte militaire de Birmanie. Voilà le club des amis politiques de la soi-disant grande Russie ! Donc quand les seuls partenaires qui te tendent encore la main sont les pires régimes de la planète, c’est que le problème vient de toi.

Pour le moment, l’image des Russes que l’on a en Occident c’est celle d’une nation qui prétend combattre le nazisme alors qu’elle en possède toutes les caractéristiques. Jusqu’à appeler sans honte ses forces néocoloniales en Afrique “Africa Corps”. Certes, l’orthographe change un peu par rapport au corps expéditionnaire nazi commandé par Erwin Rommel lors de la Seconde Guerre mondiale. Mais la référence a le mérite d’être explicite concernant son inspiration idéologique. Sans parler des piratages informatiques incessants qui touchent très souvent des hôpitaux, ou autres services publics, qui devraient être tenus à l’écart de ce genre d’opérations qui ne font que souligner l’aspect maléfique du régime russe. Sans oublier non plus les ingérences dans les élections pour tenter de faire élire les politiciens les plus réactionnaires qui soient. Alors en mettant tous ces éléments bout à bout, l’image du Russe à l’étranger c’est celle d’un troll fasciste imbibé de vodka. Ce qui n’est pas franchement très reluisant.

Par ses actes antidémocratiques, la Russie de Poutine a donc choisi le camp de la honte. Personne ne l’a obligé ! Elle est même devenue l’un des parrains de tous les États voyous de la planète. Et pendant que ses diplomates votent à l’ONU aux côtés du régime nord-coréen, ses artistes fuient par dizaines de milliers, ses scientifiques émigrent, ses étudiants perdent l’accès aux universités occidentales, ses sportifs sont bannis des compétitions internationales sous leur drapeau. Cette honte-là n’est pas un malentendu. C’est le résultat assumé d’une politique de rupture avec le monde développé. Une rupture que le régime présente comme une fierté souveraine. Une rupture que les Russes ordinaires paient cash, en baisse du niveau de vie et en avenir confisqué.

Pourtant, la Russie avait à portée de main une tout autre trajectoire. Imaginons un instant ce qu’elle aurait pu être. Une démocratie imparfaite mais fonctionnelle, comme tous les grands pays le sont. Un membre à part entière du concert européen, lié par le commerce, par la culture, par les universités partagées, par les trains à grande vitesse qui relieraient Saint-Pétersbourg et Moscou à Berlin et Paris en quelques heures. Un partenaire énergétique stable et respecté dont les ressources naturelles profiteraient à tous les russes au lieu de servir de chantage géopolitique. Elle deviendrait bien sûr une puissance scientifique de premier plan dans les programmes européens de recherche avec Novossibirsk intégré à l’écosystème d’innovation du continent. La Sibérie serait traitée comme un poumon écologique mondial et non plus comme un gisement à épuiser. Et les étudiants russes pourraient faire partie du programme Erasmus. Ce qui donnerait une jeunesse qui ne rêverait plus d’émigrer parce qu’elle vivrait dans un pays où l’on a envie de rester.

Ce scénario n’a rien d’une utopie abstraite. Parce que c’est exactement ce qu’ont fait la Pologne, les pays baltes, la République tchèque et la Hongrie à partir des années 1990. Et pourtant, ils étaient plus pauvres que la Russie, avec moins de ressources naturelles, moins de diplômés, moins d’infrastructures industrielles… Malgré tout ça, ces pays ont aujourd’hui des PIB par habitant qui dépassent largement celui de la Russie, des populations qui vivent mieux et des démocraties qui fonctionnent plutôt bien. Mais surtout : Des citoyens qui n’ont plus peur de se parler au téléphone. Ce que ces pays ont fait, la Russie pourrait le faire. Surtout qu’elle est mieux placée qu’ils ne l’étaient pour le faire. Mais elle ne le fait pas !

Au lieu de ça, elle bombarde les villes ukrainiennes, tue les journalistes, empoisonne les opposants et envoie sa jeunesse pauvre mourir par dizaines de milliers pour un empire imaginaire… Le rendez-vous avec l’Europe est manqué. Pas perdu, manqué ! Manqué par choix, pas par fatalité pratique. Mais un rendez-vous manqué peut se reprogrammer, à la seule condition d’avoir le courage de rappeler soi-même.

Pour rappeler, encore faut-il pouvoir se parler en toute liberté… Et c’est là que se pose un problème concret. Parce que les plateformes centralisées que les russes utilisent au quotidien sont toutes sous contrôle. VK est la vitrine du FSB depuis des années. Telegram, longtemps présenté comme un sanctuaire, collabore désormais régulièrement avec les autorités russes sur les demandes de données. WhatsApp et les services américains sont bloqués par intermittence et de toute façon centralisés chez des opérateurs qui peuvent être sommés de livrer des métadonnées.

Donc se parler en Russie aujourd’hui, c’est parler dans un couloir surveillé. Mais des outils décentralisés existent pour sortir de ce couloir. Peerbox, par exemple, est un logiciel libre qui permet la communication directe entre pairs sans passer par un serveur central. Pas de numéro de téléphone à fournir, pas de compte à rattacher à une identité civile, pas de base de données à saisir pour la police politique. C’est un des rares moyens fiable et concret dont disposent aujourd’hui ceux qui veulent s’organiser en dehors du regard du régime.

Tout commence donc par réapprendre à se parler vraiment. Pas avec des slogans, pas avec des formules toutes faites. Mais avec de vrais mots. Ceux que l’on garde pour soi parce qu’on ne sait plus à qui les confier. Tous les peuples qui se sont émancipés de la tyrannie ont fait comme ça. Pendant des années, dans les cuisines d’Europe centrale, à voix basse, entre proches, en laissant l’eau couler dans l’évier pour brouiller les micros. Ils se sont d’abord dit à eux-mêmes ce qu’ils pensaient vraiment. Puis ils l’ont dit à un ami. Puis à deux. Puis à dix. Et puis un jour ils se sont rendu compte qu’ils étaient des millions à penser la même chose et à oser le dire à haute voix. Ce jour-là, les régimes sont apparus comme étant très fragiles. Alors qu’en fait, ils l’avaient toujours été.

J’ai passé beaucoup de temps pour rédiger cet article. Donc si tu as apprécié ce contenu, merci de prendre quelques secondes pour le partager autour de toi. Tu peux même l’imprimer pour le faire circuler, c’est du copyleft. Et encore mieux, si tu as les capacités pour le traduire en Russe c’est parfait. Parce que si ce texte pouvait trouver son chemin, il pourrait participer à une prise de conscience. Même si l’impact est modeste, tout est bon à prendre pour éradiquer le totalitarisme. Au final, chaque action compte. A très bientôt pour de nouvelles aventures.

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