​Et si on décidait enfin d’en finir définitivement avec les guerres et le militarisme ?

novaMAG : Gouvernance
By: Emmanuel
No Wars

De tous les comportements humains, la stupidité qui me révolte le plus c’est la guerre. Avec l’évolution des mentalités on aurait pu s’attendre à ce que l’on en termine enfin avec cette tragédie. Mais non ! Bien au contraire, l’humanité a déployé des moyens colossaux pour moderniser cette barbarie jusqu’à rendre possible l’autodestruction de notre planète.

Nos sociétés sont tellement imprégnées des guerres actuelles ou passées, qu’elles sont presque devenues une sorte de fatalité. Voire même une banalité pour celle et ceux qui ne sont pas touchés par un conflit armé. Pourtant, il n’y a rien d’inéluctable parce qu’il suffirait d’une bonne dose de courage politique pour que l’on puisse en finir définitivement avec cette pratique d’un autre âge. Comme pour toutes les solutions collectives, cela commence par des prises de conscience individuelles. C’est ce que nous allons voir dans cet article dont l’objectif est de prouver une fois de plus qu’un autre monde est possible.

Quand l’atrocité de la guerre se cache derrière les chiffres

On a l’impression que certains films montrent les horreurs de la guerre… sauf qu’ils sont loin du compte ! Parce que si un film montrait réellement les horreurs de la guerre telles qu’elles sont, sans rien censurer, je peux te dire que tous les bureaux de recrutement pour s’enrôler dans l’armée auraient de sérieux soucis à se faire.

Alors pourquoi toute cette pudeur à montrer le vrai visage des conflits armés ? Peut-être parce que si les médias mainstream montraient réellement le résultat d’un bombardement sur une localité les gens se diraient enfin : C’est pour ce genre de barbarie que l’on utilise une grosse partie des impôts que je paye ? Et ces mêmes médias pourraient aussi montrer réellement la terreur que ressent une population qui subit une guerre. A mon niveau, je n’ai pas envie d’entrer dans les détails tellement cela me donne la nausée rien que d’y penser.

Bien sûr, il y aura toujours un très faible pourcentage de psychopathes au dernier degré pour rester insensibles face à l’insoutenable. Malheureusement, ce sont ce type de malades mentaux que les peuples placent trop souvent au pouvoir parce qu’ils confondent aptitude à gérer des crises et autoritarisme. Parce que oui, pour entraîner un pays dans une guerre il faut non seulement être un psychopathe mais aussi être inapte au dialogue.

Tous ces dirigeants qui gonflent leur égo en semant la désolation à grande échelle ne reculent devant aucune manipulation pour vendre leurs carnages à leur population. Tout simplement à cause du fait que tout le monde a bien en tête les récits horribles des deux guerres mondiales et de celle du Vietnam qui a fait l’objet d’un traitement informationnel avec moins de complaisance que pour d’autres conflits. Donc forcément, après tout ça, il n’y a pas grand monde qui est d’accord pour s’engager dans ce type de bourbier dont personne ne ressort indemne.

Alors pour contourner ce blocage, on vend au peuple des aventures faciles, telles que des guerres qui se gagnent en trois jours. Et pour que ce soit encore plus vendable, il suffit d’appeler ça une opération spéciale, ou de lui donner un nom à la con du style tempête du désert. Il y aussi les guerres qui n’en seraient pas puisque l’ennemi est tellement faible au niveau militaire classique que c’est vendu comme une balade de santé. Et tant pis si ça dure depuis des décennies, tant qu’il y a du monde pour penser que c’est une situation acceptable.

Mais la palme du cynisme revient une fois de plus aux États-Unis, qui sont toujours les premiers sur le podium de la connerie. Pour comprendre pourquoi, il faut remonter en 1991 lors de la première guerre d’Irak. A cette époque, cette “œuvre” de Bush père nous a été vendu sous l’oxymore “guerre propre”. Pour ce faire, on nous montrait des lumières vertes à la télévision en nous expliquant que le plan se déroulait sans accroc. Sauf que le bilan de cette “guerre propre” c’est plus de 100000 morts coté irakien, sans oublier les mutilés à vie et la destruction en masse d’infrastructures civiles indispensables telles que des hôpitaux et des stations de traitement de l’eau potable. Mais le pire de l’histoire, c’est l’utilisation par les USA de munitions à uranium appauvri qui ont contaminé les deux belligérants. Désolé, mais dans le genre propre on a déjà vu mieux !

Depuis cette époque, la guerre doit donc être déclarée comme étant “propre” pour être acceptable. Alors on la présente à la façon d’un jeu vidéo. Un avion ou un drone vole dans le ciel. Il lâche sa bombe. Puis, un ou deux jours après on te montre un bâtiment détruit. A limite un plan vite fait sur des gens qui pleurent leurs proches. Mais vraiment quelques secondes pour ne pas que ça te coupe l’envie de regarder les publicités qui vont suivre.

Il n’y a pas de drapeau assez grand pour couvrir la honte de tuer des innocents. — Howard Zinn

Voilà donc où l’on en est réduit : à être pris pour des crétins ! Mais surtout, d’être les victimes malgré nous d’opérations de désensibilisation de masse. Comment ça se passe ? Tout simplement en te balançant des chiffres sans contexte. Exemple on t’annonce 10000 morts dans telle ou telle guerre… Au niveau de ton indignation, ça change quoi que ce soit 10000 ou 10001 ou 100002 ou 1000000 ? Pas grand chose parce que dans ta tête ce ne sont que des chiffres. Les mêmes que le nombre de personnes à la rue, que pour le nombre de morts du SIDA, que pour le nombre de personnes qui meurent de faim… Maintenant imagine que l’on te place ne serait-ce qu’une journée au cœur de l’une de ces tragédies. Cela va sans dire que tu serais vacciné à vie sur le fait de t’arrêter aux chiffres. La manipulation dont on fait l’objet c’est donc de nous distancier le plus possible de la réalité en nous accoutumant à ce que l’inacceptable devienne insignifiant. Et si jamais tu as le malheur de remettre ce schéma en cause, il y aura beaucoup de monde pour te traiter de trouble-fête.

Pas de guerre sans propagande

Aucune guerre n’a jamais commencé par l’enthousiasme spontané d’un peuple. C’est bien pour ça qu’il faut toujours, au préalable, lui fabriquer un ennemi le plus effrayant possible. Avec tant qu’à faire, une menace existentielle et un péril imminent qui ne laisse pas le choix. La peur est donc le levier universel qui a l’avantage décisif sur tous les autres ressorts politiques. Tout simplement parce qu’elle court-circuite la réflexion. Un peuple qui a peur ne pèse donc plus le pour et le contre, il cherche juste un protecteur, même si cela signifie de lui signer à peu près n’importe quel chèque en blanc.

Le mode d’emploi du consentement à la guerre c’est Hermann Goering qui l’a expliqué le mieux. Cela s’est passé en 1946 dans sa cellule à Nuremberg quelques mois avant sa pendaison. Lorsque le journaliste Gustave Gilbert lui demanda comment on pouvait convaincre un peuple entier d’aller à la guerre avec entrain, le dignitaire nazi déchu lui répondit alors avec un détachement qui fait froid dans le dos : “Bien sûr que le peuple ne veut pas la guerre. Mais après tout, ce sont les dirigeants qui déterminent la politique. Et il est toujours simple d’entraîner le peuple. Il suffit de dire aux gens qu’ils sont attaqués et de dénoncer les pacifistes pour leur manque de patriotisme.” Force est de constater que cette méthode de manipulation des masses fonctionne toujours aussi bien.

La mécanique de la propagande est donc très simple. On agite la peur, on désigne le coupable et on disqualifie ceux qui osent douter. Tout pacifiste devient un traître, tout esprit critique devient un agent de l’étranger. C’est valable pour tous les pays, démocraties comprises, dès qu’il s’agit d’aller en découdre par la force brute.

Mais cette propagande basique n’est que l’étage visible du dispositif. L’étage profond, celui qui rend tout le reste possible, c’est la culture guerrière que l’on inocule aux enfants dès la cour de récréation. Soldats en plastique au rayon jouets, jeux vidéo de tir où l’on trucide des russes, des Chinois ou des arabes selon l’épouvantail du moment. Il y a aussi bien sûr les manuels d’histoire qui glorifient les batailles passées en passant sous silence toutes les atrocités qui vont avec, les hymnes nationaux qui parlent de sang versé et les défilés militaires où l’on apprend aux enfants à admirer des engins de destruction massive. On fabrique ainsi des esprits qui trouvent la guerre normale, voire même désirable, bien avant qu’on leur demande d’y aller mourir, en héros tant qu’à faire.

Une fois la machine lancée, plus besoin de pousser très loin l’effort de propagande. Le mécanisme s’auto-alimente parce que chaque atrocité subie sert à justifier l’atrocité commise en retour. Les représailles appellent d’autres représailles. La haine s’épaissit à chaque cycle et chaque génération hérite du contentieux des précédentes. C’est ainsi que l’on obtient des conflits qui durent jusqu’à des décennies, où la cause initiale n’est plus qu’un détail historique noyé sous des milliers de morts à venger.

La guerre c’est une histoire de mâles et de domination

Statistiquement, la guerre est une affaire d’hommes. Les déclencheurs sont des hommes, les généraux sont des hommes, les soldats sont en immense majorité des hommes. Ce n’est pas un hasard biologique, c’est un fait qui mérite qu’on le regarde en face au lieu de le contourner pudiquement comme on le fait depuis des siècles.

La virilité, telle qu’on l’a construite dans à peu près toutes les civilisations, repose sur trois piliers indissociables. La force physique, la capacité à dominer et le courage face à la violence. Un “vrai homme” se bat, conquiert, protège son territoire, étend son influence et accepte de mourir s’il le faut pour prouver son courage. Toute la mythologie guerrière, depuis l’Iliade jusqu’aux Rambo et autres American Sniper, ne raconte qu’une seule et même histoire : celle de l’homme qui s’accomplit par la violence légalisée. Et ce qui vaut pour le récit est encore plus valable pour les institutions militaires. Parce que les armées sont toutes des écoles de virilité qui fabriquent des hommes au sens patriarcal du terme, en passant par l’humiliation, la brutalisation et l’effacement de toute sensibilité jugée féminine.

La logique de domination qui sous-tend la guerre est exactement la même que celle qui sous-tend le patriarcat. Affirmer son pouvoir par la force, étendre son contrôle, écraser ce qui résiste et humilier le vaincu. Quand un État envahit un autre État, il applique à l’échelle internationale ce que le mâle dominant applique à l’échelle domestique. Ce sont les mêmes ressorts mentaux, le même besoin compulsif d’imposer sa puissance pour exister. D’ailleurs les pires régimes guerriers de l’histoire ont toujours été d’une misogynie débordante. Et ce n’est pas une coïncidence parce que la guerre et la domination des femmes procèdent du même logiciel. C’est ce qui explique sans aucun doute le grand nombre de viols en temps de guerre.

Cela ne veut évidemment pas dire que toutes les femmes sont pacifistes ou que tous les hommes sont des brutes en puissance. Il y a eu des femmes chef d’État bellicistes et il y a des hommes qui consacrent leur vie à la paix. Mais tant que le système patriarcal restera l’horizon mental dominant des sociétés, la guerre y trouvera toujours sa justification. Donc, en finir avec les guerres, cela suppose surtout de démanteler le logiciel viriliste qui les rend possibles et désirables.

Le mythe des héros triomphants

Le récit officiel ne connaît qu’une seule trajectoire. Celle du soldat qui revient glorieux avec la fleur au fusil après avoir terrassé l’ennemi. Sauf que ce récit n’a jamais correspondu à la réalité, même dans le camp des supposés vainqueurs.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, à condition qu’on les regarde. Par exemple, aux États-Unis, depuis le Vietnam, le nombre de vétérans morts par suicide dépasse largement le nombre de soldats américains tombés au combat sur la même période. Côté britannique, il y a plus d’anciens combattants des guerres d’Irak et d’Afghanistan qui se sont donné la mort à leur retour que le nombre d’entre-eux qui sont morts sur le terrain. En France, les vétérans des opérations extérieures présentent des taux de syndrome de stress post-traumatique qui dépassent largement la moyenne nationale et le ministère des Armées a longtemps refusé de publier ses propres chiffres sur les suicides de militaires.

À cela s’ajoutent les corps mutilés qu’aucune cérémonie ne montre vraiment, les addictions qui suivent souvent le retour à la vie civile et les violences domestiques que des hommes brisés finissent par déverser sur leurs proches. Sans oublier le sans-abrisme qui frappe une part disproportionnée des anciens combattants dans tous les pays riches. Voilà la réalité que l’on cache derrière les médailles et les commémorations. Le héros militaire n’a jamais été qu’un type qu’on a envoyé tuer d’autres types pour le compte d’une troisième catégorie qui restait bien à l’abri. Cette troisième catégorie c’est bien évidemment celle qui se compose de politiciens et des industries qui profitent à fond du sacrifice des êtres humains qu’elles ont envoyés à l’abattoir.

L’énorme scandale des budgets militaires

En 2024, les dépenses militaires mondiales ont franchi la barre des 2700 milliards de dollars sur une seule année. La progression a été constante depuis dix ans et personne n’envisage sérieusement de l’inverser. Au contraire, chaque crise géopolitique sert de prétexte à une nouvelle hausse de budget et chaque hausse devient le nouveau plancher au-dessous duquel il serait “irresponsable” de redescendre. Les États-Unis pèsent à eux seuls plus de 900 milliards par an, la Chine plus de 300, la Russie autour de 150, la France a franchi les 60 milliards et cela continue de grimper partout dans le monde.

Pendant ce temps, la planète brûle. Au sens littéral. Les rapports du GIEC s’empilent depuis trente ans pour expliquer qu’il faudrait investir massivement dans la transition énergétique, la rénovation thermique, la reforestation, la protection des écosystèmes et l’adaptation des sociétés au chaos climatique qui s’annonce. Les sommes nécessaires pour mettre en place une véritable politique écologique sont régulièrement chiffrées et elles paraissent importantes jusqu’à ce qu’on les compare aux budgets militaires. Et là, on peut se rendre compte qu’elles ne représentent qu’une fraction de tout ce qui est englouti à perte pour semer la mort et la désolation à l’échelle industrielle sur l’ensemble de la planète.

Pendant ce temps, dans tous les pays, les hôpitaux ferment des services faute de moyens. Des gens meurent sur des brancards dans les couloirs des urgences. Les écoles publiques tombent en ruine, les enseignants partent en burn-out, les universités rationnent leurs budgets… La recherche fondamentale crève à petit feu parce qu’aucun ministère ne trouve les quelques milliards qui lui permettraient de faire des brillantes découvertes. Le logement social n’est pas une véritable préoccupation. Des familles entières dorment dans leur voiture dans les pays les plus riches du monde. Les banques alimentaires sont saturées, les SDF meurent dans la rue dans l’indifférence générale… Quelle honte !

Pas d’argent pour sauver le climat, pas d’argent pour soigner, pas d’argent pour le logement, pas d’argent pour la sécurité alimentaire, pas d’argent pour l’éducation, pas d’argent pour lutter contre la pauvreté, pas d’argent pour la recherche… Mais 2700 milliards par an pour entretenir la possibilité de s’entretuer à grande échelle ! Et pas grand monde pour crier au scandale ! À ce stade, ce n’est plus une priorité budgétaire mal calibrée. C’est juste un naufrage moral d’une ampleur démentielle et le seul mystère c’est qu’il paraisse normal à une large majorité de la population.


L’arme nucléaire c’est l’aboutissement de la connerie humaine

Neuf États possèdent assez d’armes nucléaires pour rendre la planète inhabitable pendant des siècles. Tout le monde le sait depuis trois générations et il ne reste plus grand monde pour réellement s’en émouvoir. Parce qu’à force d’être connue, la menace a fini par se fondre dans le paysage, comme si l’humanité avait accepté l’idée de sa propre extinction programmée.

Le principe affiché s’appelle la dissuasion. L’idée, c’est que personne n’attaquera personne tant que tout le monde aura de quoi riposter en faisant tout péter en représailles. Admettons… Sauf qu’à supposer que cette curieuse logique tienne debout, deux ou trois bombes par puissance nucléaire suffiraient amplement à dissuader n’importe qui d’engager une attaque. Parce qu’aucun dirigeant rationnel ne va lancer une offensive contre un pays capable de détruire deux ou trois grandes métropoles en représailles. La dissuasion est donc atteinte avec un faible nombre de vecteurs. Cette menace devrait donc s’arrêter là.

Sauf qu’au lieu de deux ou trois bombes par puissance, on en compte plus de douze mille à l’échelle mondiale. Les États-Unis et la Russie s’en partagent la quasi-totalité avec environ cinq mille têtes chacun. Les autres puissances complètent le tableau. Par rapport à ces nombres délirants, la justification rationnelle de la dissuasion s’est arrêtée il y a soixante ans. Alors pourquoi on maintient cette aberration sans qu’aucun débat sérieux n’ait eu lieu à ce sujet ?

Et comme si la situation n’était pas déjà suffisamment ubuesque, on commence maintenant à laisser entrer les algorithmes dans le processus de décision. Les systèmes de détection s’automatisent, les analyses de menace passent par des IA, les fenêtres de réaction se réduisent à quelques minutes et la pression pour confier une partie de la chaîne décisionnelle à des machines augmente d’année en année. Pour ceux qui ont vu Terminator, ça commence à ressembler furieusement à Skynet. La différence c’est que dans les années 80 on en riait au cinéma et qu’aujourd’hui on est en train de le construire dans les sous-sols de plusieurs ministères de la défense. Pourtant, depuis l’invention de la bombe atomique ce ne sont pas les alertes de grands scientifiques qui manquent. Et rien ne bouge ! On laisse l’arsenal nucléaire russe se délabrer tandis que d’autres pays essayent de jouer aux apprentis sorciers. Sans parler des USA et de la Chine qui n’ont rien de mieux à apporter à la civilisation humaine que les instruments de son éradication.

L’hégémonie qui s’essuie les pieds sur le droit international

Le droit international existe sur le papier. Charte des Nations Unies, conventions de Genève, statut de Rome qui institue la Cour pénale internationale, traités de non-prolifération et résolutions du Conseil de sécurité. Cela représente tout un édifice patiemment construit depuis 1945 pour donner un cadre légal aux relations entre États et éviter au maximum le recours à la guerre. Mais cela reste hélas du vent dans la plupart des cas.

Parce qu’en pratique, ces garde-fous sont largement piétinés à chaque fois qu’une grande puissance estime que ses intérêts l’exigent. Quand les États-Unis ont envahi l’Irak en 2003, sans mandat de l’ONU, sur la base de mensonges fabriqués de toutes pièces, personne n’a été jugé pour ça. Alors que la Russie a envahi l’Ukraine en 2022 en violation flagrante de tous les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale, elle siège toujours au Conseil de sécurité comme membre permanent. De son côté la Chine bafoue les arbitrages internationaux en mer de Chine méridionale depuis des années. Tandis qu’Israël poursuit sa colonisation et ses opérations militaires en violation continue d’innombrables résolutions onusiennes sous couvert du véto américain systématique. La liste des transgressions au droit international pourrait remplir des milliers de pages.

Le mécanisme central de cette impunité, c’est le droit de véto au Conseil de sécurité. Avec cinq membres permanents qui peuvent bloquer toute action collective contre eux-mêmes ou contre leurs alliés. Il s’agit des États-Unis, de la Russie, de la Chine, de la France et du Royaume-Uni. Concrètement, cela signifie qu’aucun de ces cinq pays ne peut être tenu pour responsable devant l’institution censée garantir la paix mondiale parce que chacun dispose d’un bouton rouge pour annuler toute décision qui le dérange.

Et comme si ce sabotage permanent ne suffisait pas, Donald Trump a poussé le foutage de gueule un cran plus loin en annonçant la création d’un “Conseil de la paix” à sa sauce pour traiter les grands dossiers internationaux en court-circuitant l’ONU. Avec cette farce on atteint le comble du mépris des institutions internationales. Mais qu’est-ce que l’on pouvait attendre de mieux de la part d’un mafieux mégalomane.

Au final, tant que le système de véto à l’ONU restera en place, aucun problème de fond ne pourra être réglé. Parce que tous les grands problèmes planétaires exigent une coopération internationale réelle et non des relations asymétriques totalement biaisées.

Pour éviter les conflits, il faut reconnaître le droit d’autodétermination des peuples.

La carte du monde telle qu’on la connaît aujourd’hui n’a rien de naturel. Il y a un siècle, elle était radicalement différente. Parce que la plupart des frontières actuelles ont été tracées à la règle et au crayon par des puissances coloniales européennes qui ne connaissaient pas vraiment ni les territoires concernés, ni les peuples qui y vivaient, ni leurs réalités historiques, linguistiques et culturelles. En Afrique, on a même un nom pour ce désastre : la balkanisation. Ce mot désigne des découpages absurdes qui ont dispersé des peuples homogènes et regroupé de force des populations qui n’avaient pas envie d’être ensemble. Le résultat est connu. Avec des conflits ethniques permanents qui durent depuis les indépendances et qui font des dizaines de milliers de morts chaque année dans une indifférence quasi-totale.

Le principe de l’autodétermination des peuples, censé être un pilier du droit international depuis 1945, devrait permettre de corriger ces aberrations. Sauf que dans la pratique, il est appliqué exactement à l’inverse de ce qu’il devrait être. On le brandit quand cela arrange les puissances dominantes et on l’enterre dès qu’il dérange leurs intérêts ou ceux de leurs alliés. Les Kurdes attendent leur État depuis un siècle. Les Sahraouis vivent dans des camps de réfugiés depuis cinquante ans. Les Tibétains ont été noyés dans la masse han par une politique de colonisation systématique. Les Catalans, les Écossais, les Tamouls et bien d’autres réclament le droit de décider eux-mêmes de leur destin. Mais tous se heurtent à une fin de non-recevoir au nom de la “souveraineté nationale” du pays qui les enferme.

Pourtant, dans la grande majorité des cas, qu’est-ce que cela changerait concrètement qu’un peuple obtienne son autonomie ? Rien d’essentiel pour le reste du monde. Les bénéfices humains seraient immenses et les inconvénients géopolitiques se résumeraient à un redécoupage administratif et quelques traités à renégocier.

Sauf que pour les États qui se considèrent propriétaires de “leurs” minorités, l’idée même de céder le moindre bout de territoire déclenche des réactions absolument disproportionnées. Cela va de la répression policière banale à la guerre civile, en passant par l’épuration ethnique et le génocide pur et simple. La paranoïa souverainiste est une pathologie politique qui a tué bien plus de gens que la plupart des conflits inter-étatiques.

La solution existe pourtant et elle est d’une simplicité désarmante. Reconnaître internationalement le droit de tout peuple à organiser un référendum d’autodétermination sous supervision onusienne, avec validation des résultats par la communauté internationale et obligation pour l’État d’origine d’en respecter le verdict. Et pour couper court à l’objection classique selon laquelle cela ferait éclater le monde en milliers de micro-États ingérables, il faut rappeler qu’un référendum peut aboutir à plusieurs solutions intermédiaires. Une région peut très bien choisir de ne pas devenir totalement indépendante mais de devenir un État fédéré disposant d’une large autonomie tout en gardant des liens institutionnels avec l’ensemble plus vaste auquel elle appartenait. La plupart des conflits identitaires actuels trouveraient une issue acceptable par cette voie.

Et quand on parle des bénéfices d’une telle réforme, il faut rappeler ce que la guerre comprend réellement. Comme nous l’avons déjà vu, ce ne sont pas seulement des morts qui s’accumulent dans des colonnes de statistiques. C’est aussi la misère systémique qui frappe les populations déplacées, la torture pratiquée à grande échelle dans les zones de conflit, le viol utilisé comme arme de guerre par à peu près toutes les armées du monde dès que l’occasion se présente et des générations entières d’enfants qui grandissent dans des camps sans avenir possible. Reconnaître l’autodétermination des peuples, ce n’est pas une coquetterie diplomatique. C’est faire reculer un océan de souffrances que l’on s’obstine à laisser exister par pure lâcheté politique.

Comment faire pour réformer l’ONU ?

Tout le monde s’accorde plus ou moins à dire que l’ONU dans sa configuration actuelle ne fonctionne pas. Les mauvais diagnostics s’accumulent depuis des décennies, les commissions de réforme se succèdent et les rapports prennent la poussière. Et si rien ne bouge c’est parce que le système est verrouillé par ceux-là mêmes qui auraient le plus à perdre dans une réforme. Car bien évidemment, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ne vont pas voter eux-mêmes la suppression de leur droit de véto.

Mais cette impasse n’est valable que si l’on continue de penser la réforme comme des concessions à obtenir en douceur de la part des dominants. Alors que la solution c’est de renverser cette perspective avec une réforme en profondeur de l’ONU qui vienne du bas. Autrement dit par une fronde de la majorité des États qui en ont marre du blocage permanent et qui pourraient décider collectivement de passer en force.

Sur les 193 États membres de l’ONU, cinq disposent du droit de véto. Cela laisse 188 pays qui le subissent. La plupart de ces pays ont des griefs accumulés depuis des décennies contre un système où leurs intérêts sont systématiquement balayés dès qu’ils entrent en conflit avec ceux des cinq permanents. L’Afrique entière n’a aucun siège permanent malgré ses 1,4 milliard d’habitants. L’Amérique latine non plus. L’Asie du Sud non plus. L’Inde, le Brésil, le Nigeria, l’Indonésie pèsent démographiquement et économiquement bien plus que la France ou le Royaume-Uni et n’ont strictement rien à dire dans les décisions structurantes du système international. La frustration que cela engendre est massive et ancienne.

Le rapport de force réel est largement favorable à une coalition réformatrice. Parce qu’une majorité qualifiée d’États poussant ensemble une refonte de la charte onusienne disposerait d’un poids démographique, économique et moral écrasant. Face à cela, les États-Unis, la Russie et la Chine réunis, malgré leur arsenal nucléaire et leur tapage médiatique, représentent à peu près 1,9 milliard d’habitants. Le reste du monde en compte plus de 6 milliards. La question n’est donc pas de savoir si une telle coalition pourrait imposer une réforme. La question est de savoir si elle aura le courage politique de s’organiser pour le faire.

De toutes les façons, à un moment, il faudra savoir dire merde aux grandes puissances. Si les États-Unis ne veulent pas suivre, qu’ils aillent se faire foutre ! Si la Russie boude, qu’elle boude. Si la Chine menace de se retirer, qu’elle se retire. L’isolement diplomatique et économique qu’imposerait le reste du monde à ces États serait extrêmement coûteux pour eux. Plus coûteux, et de loin, que le maintien de leurs privilèges actuels au sein du système. Parce qu’aucune économie, même chinoise ou américaine, ne peut prospérer en autarcie face à 6 milliards d’habitants qui les priveraient de ressources vitales pour leur fonctionnement.

La réforme de l’ONU ne sera donc pas un cadeau octroyé par les puissants. Ce sera une reprise en main collective initiée par les pays qui en ont assez d’être maintenus en position de subalternes. Cela demande de l’organisation et l’acceptation d’un bras de fer qui durera plusieurs années. Mais c’est la seule voie réaliste, parce que toutes les autres ont été essayées et elles ont échoué.

Désarmement coordonné et force internationale

On vient de voir qu’une réforme qui aboutirait à la fin du droit de véto à l’ONU aurait déjà des effets très positifs. Mais il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. Si on veut vraiment en finir avec la guerre, il faut une vraie réforme qui la rende structurellement impossible.

Cela passe d’abord par la suppression pure et simple des armées nationales. Parce qu’elles n’auraient plus aucune raison d’exister une fois le droit international réellement appliqué. Tant qu’elles subsistent, le risque d’agression entre États reste entier et une réforme institutionnelle ne sert à rien. Il faut donc les démanteler, ce qui suppose un désarmement coordonné à l’échelle planétaire.

Le principe est simple. Tous les États membres réduiront progressivement leurs forces armées selon un calendrier négocié qui sera vérifié par des inspecteurs internationaux disposant d’un accès complet et inopiné à toutes les installations militaires. Les arsenaux conventionnels diminueront par paliers, les arsenaux nucléaires seront démantelés sous contrôle indépendant et les budgets de défense convergeront vers un niveau résiduel correspondant uniquement aux besoins de protection civile et de gestion de crise. Et au bout de quelques décennies, les armées nationales telles qu’on les connaît aujourd’hui auront simplement cessé d’exister en tant qu’instruments d’agression géopolitique.

Bien sûr, il restera toujours la possibilité que des conflits armés de type guérilla éclatent malgré tout. C’est précisément pour gérer ces situations qu’il faudra créer une force d’intervention internationale permanente qui sera placée sous l’autorité directe de l’ONU. Son activation passera uniquement par un vote majoritaire selon les règles strictes de la nouvelle charte. Cette force sera composée de contingents fournis par l’ensemble des États membres selon une répartition équitable. Son emploi sera encadré par des règles d’engagement précises rendant impossible son détournement au profit d’intérêts particuliers.

Cette force aura deux missions principales. La première sera d’imposer un cessez-le-feu immédiat et de sécuriser les populations civiles dès qu’un conflit menacera d’éclater. La seconde sera d’intervenir contre les régimes qui violeraient les décisions de l’ONU. Et il faut bien comprendre que dans ce nouveau cadre, l’argument du “pays qui veut la guerre” ne tient plus. Parce que quand un dirigeant veut entrer en guerre ce n’est jamais sa population entière qui le veut avec lui. Et face à ce dirigeant isolé, il n’y a plus seulement quelques voisins inquiets mais tous les autres États du monde qui seront engagés à faire respecter le droit international. Dans ces conditions, le rapport de force est tel que le dialogue sera la seule voie possible pour régler les différends politiques partout dans le monde.

Au final, sortir du culte des armées nationales c’est exactement comme arrêter une drogue dure. Les premières années seront difficiles parce que des siècles de réflexes guerriers ne s’effacent pas en une génération. Et puis viendra le moment où l’humanité regardera son passé militariste avec consternation et se demandera comment elle a pu rester aussi longtemps accrochée à une connerie pareille.

Les pays sans armée sont déjà une réalité

L’idée d’un monde sans armées nationales fait souvent ricaner les réactionnaires. Tous pensent que c’est joli sur le papier mais que cela ne peut pas fonctionner dans le monde réel. Sauf que dans la réalité ce concept est déjà en place depuis des décennies dans plusieurs pays qui se portent généralement beaucoup mieux que leurs voisins militarisés.

Le cas le plus emblématique c’est celui du Costa Rica. En 1948, ce pays d’Amérique centrale a tout simplement aboli son armée. Soixante-dix-sept ans plus tard, le Costa Rica n’a jamais été envahi par personne. Les sommes colossales qui ont été économisées ont été massivement réinvesties dans l’éducation et la santé. Ce qui en a fait l’un des pays les plus stables et les mieux développés de la région. Et pendant que ses voisins s’enlisaient dans des guerres civiles sanglantes alimentées par des armées surdimensionnées, le Costa Rica est devenu une démocratie pacifique et prospère. Le miracle économique costaricien doit énormément à cette décision. Il n’y a donc pas de quoi être surpris, c’est simplement l’application d’une bonne logique dans la gestion de ce pays.

Le Costa Rica n’est pas un cas isolé. Le Panama a aboli son armée en 1990. L’Islande n’en a jamais eu. Le Liechtenstein l’a dissoute en 1868. Plusieurs États insulaires du Pacifique fonctionnent sans force armée depuis leur indépendance. Personne ne les a envahis. Personne n’envisage sérieusement de le faire. La preuve par l’exemple est faite. L’armée n’est pas un facteur de développement, c’est tout le contraire.

Au passage, on notera l’hypocrisie monumentale des Suisses qui passent leur temps à vendre leur “neutralité” comme une vertu morale tout en entretenant l’une des armées les plus chères d’Europe par habitant et en abritant une industrie d’armement florissante. La neutralité suisse est donc juste un artifice marketing et non une politique pacifiste. Les vrais pays neutres sont ceux qui ont aboli leurs forces armées, pas ceux qui se surarment en jurant qu’ils n’emploieront jamais la force.

L’autre objection classique face à l’idée d’abolition consiste à dire qu’un pays sans armée serait “à poil” face à une éventuelle agression. Cet argument apparemment imparable est en réalité totalement creux. Pour le comprendre, demandons-nous concrètement à quoi servent les armées de la grande majorité des pays. La Belgique, le Portugal, la Roumanie ou le Chili n’ont strictement aucune chance face à une vraie grande puissance qui voudrait les envahir. Leurs armées seraient laminées en quelques semaines, voire quelques jours. La fonction réelle de ces armées n’est donc pas la défense efficace contre une agression majeure parce qu’elles en sont incapables. Donc, c’est juste de la figuration extrêmement coûteuse et du prestige national de pacotille. Tout simplement parce que la protection réelle de ces pays repose entièrement sur des alliances internationales et sur le fait que personne n’a vraiment ni l’intérêt ni l’envie de les envahir.

Et puis il y a un signal faible qui mérite d’être souligné parce qu’il en dit long sur la tendance actuelle. Les armées du monde entier rencontrent depuis quelques années des difficultés de recrutement sans précédent. États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Russie… Partout la même chose, les forces armées peinent à atteindre leurs objectifs et doivent revoir leurs critères à la baisse. Cela vient du fait que les jeunes générations sont massivement moins motivées que leurs aînés pour enfiler un uniforme et pour risquer leur peau pour des causes dont ils mettent en doute la légitimité. Ce qui revient à dire que les arguments traditionnels sur l’honneur, la patrie et le devoir glissent sur eux comme l’eau sur les plumes d’un canard. Et il y a fort à parier que ce soit le signe avant-coureur de la fin du grand cirque militaire. Pas par décret onusien, ni par grande conférence internationale, mais juste par l’épuisement du carburant humain. Et par extension, de la baisse massive du soutien à la guerre au fil des générations.

Conclusion : Antimilitariste et fier de l’être !

Désolé d’avoir gâché l’effet de surprise, mais il se trouve qu’à l’issue de cette publication, je suis fier de vous annoncer que je n’ai absolument aucune aspiration à combattre pour un quelconque pays. Ce qui ne me laisse aucune chance de recevoir une médaille. Mais à vrai dire c’est plutôt un soulagement. Et s’il y en a pour me qualifier d’antimilitariste, merci pour le compliment ! Cela prouve que j’ai un cerveau, au contraire de certaines personnes qui se contentent d’une moelle épinière pour obéir aveuglément aux ordres et gober des mensonges politiques.

Si jamais tu penses que tout ce qui est développé dans cet article ne sont que des belles paroles, c’est vrai que l’on peut toujours rester inactifs et dans 10 ans on en sera exactement au même point, sinon pire. Mais on peut aussi agir intelligemment. Pour ce faire, la politique au sens noble du terme est une voie de premier choix. Partant de ce principe, tu peux voter pour des candidats aux élections qui se revendiquent du pacifisme. Il en existe dans quelques pays, il suffit de chercher un peu. Et s’il y en a pas ? Eh bien à ce moment là rien ne t’empêche de créer une formation politique dans ton pays qui défende cette cause parmi d’autres propositions progressistes. Peut-être que cela ne servira à rien, mais peut-être aussi que ça peut fonctionner. En fait, tout dépend de l’énergie que tu mets dans ce projet. Personnellement, tout ce que je sais, c’est que quand on se lance dans un projet en y mettant tout son cœur, il y a de très fortes chances pour qu’il aboutisse à de bons résultats.

J’ai passé beaucoup de temps à rédiger cet article. Donc, en retour, merci de penser à le partager pour que d’autres personnes puissent en profiter. Tu peux passer par tes réseaux, et même l’imprimer pour le diffuser. C’est du copyleft 🙂 Merci également de penser à soutenir le site, parce que l’on a de gros projets à réaliser qui te seront sûrement utiles. Maintenant que j’ai fait mon job au niveau de l’appel à participation, il ne me reste plus qu’à te souhaiter Love & Peace pour conclure ce texte.

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