Quel Linux pour débuter ? Certainement pas celui des sites mainstream en mal de clics

À intervalles réguliers, le même genre d’article refait surface dans la presse tech mainstream. « Quel est le meilleur Linux pour débuter ? » « Quelle distribution choisir quand on débute ? » « Le top 5 des Linux faciles pour grands débutants »… Cette mauvaise chanson tourne en boucle depuis quelques années.
C’est carrément devenu un marronnier en bonne et due forme pour les sites putaclics en mal d’inspiration. Pour les plus sérieux d’entre eux, quelques lignes rédigées sous Microsoft Word font l’affaire. Quant aux autres, pas la peine de se fatiguer, c’est Chat GPT qui est aux commandes. Pour ce genre de sites qui parlent de tout et de rien avec assurance, l’expérience humaine n’a aucune importance. Parce que tant qu’il y a du monde pour alimenter leur business modèle basé sur la publicité, pourquoi se fatigueraient-ils pour produire des contenus de qualité ?
Le gros problème, c’est que la soupe insipide qu’ils servent avec la bienveillance d’un faux guide touristique traîne derrière elle une belle collection d’idées reçues qui ont la peau dure. Comme par exemple le concept d’un Linux taillé pour les débutants et celui d’un Linux réservé aux initiés. Sans oublier le bon vieux mythe de la console qui serait indispensable et réservée à l’usage d’une petite élite. Je ne cache absolument pas que ce genre délire a vraiment le don de m’énerver. On va donc tout reprendre à la base en donnant de bons conseils. Le résultat final sera à comparer avec les publications inutiles qui prennent les lecteurs pour des imbéciles.
Le Linux pour débutant c’est celui qui te convient
Le premier mythe est aussi le plus tenace, alors autant l’attaquer en premier. Le Linux pour débutant n’existe pas. C’est juste un concept inventé de toutes pièces dans un objectif mercantile. Cela peut venir de rédacteurs qui ne s’encombrent pas avec la rigueur professionnelle, mais aussi de distributions qui pensent que faire une mauvaise copie de Windows ou de Mac OS leur donnent une légitimité pour obtenir le label porte d’entrée vers Linux.
Alors soyons clair ! Le bon Linux pour bien débuter c’est le Linux qui correspond parfaitement à tes besoins. Et c’est aussi celui avec qui tu te sens bien. À partir de cette base, la complexité supposée est totalement secondaire. Parce que si tu souhaites par exemple commencer avec Arch ou Slackware qui sont effectivement plus difficile à prendre en main qu’une distribution Ubuntu, de quel droit je devrais t’en décourager ? Il y a d’excellents tutoriels en ligne et de très bon forums d’entraide. En plus de ça, une distribution plus complexe ne signifie pas qu’elle est conçue comme une énigme avec une multitude de pièges pour ses utilisateurs. Au contraire, tout est logique et fait pour être compréhensible pour qui veut bien s’en donner la peine. Tout ça pour dire que si tu veux commencer par Arch et que l’on te dit que c’est une erreur parce qu’il faut commencer par Ubuntu… Oui tu as le droit de penser que l’on te prends pour un idiot et que ce n’est pas normal.
Et puis arrêtons d’exagérer cette prétendue difficulté. Moi, par exemple, je n’ai jamais posé les mains sur un Windows 11 ni sur un macOS de ma vie. Si demain l’envie stupide me prenait de m’y mettre, je ramerais forcément pendant quelques jours, le temps de comprendre où ils ont planqué leurs réglages. Est-ce que pour autant je devrais écrire à Microsoft pour réclamer une édition spéciale de Windows pour débutants ? L’idée est donc aussi ridicule pour Linux que pour n’importe quel autre système.
La bonne question n’est pas de savoir quel Linux choisir pour un débutant, mais quel Linux choisir pour débuter.
Un Linux, tu en trouves pour chaque usage imaginable. Il existe des distributions taillées pour le jeu vidéo, d’autres pensées pour l’hébergement de serveurs, d’autres encore pour la recherche scientifique ou pour l’éducation. Il en existe même pour des niches pointues, jusqu’aux passionnés de radio amateur. Choisir une distrib ce n’est donc pas chercher la version estampillée spéciale simplets. La bonne démarche c’est de trouver celle qui colle le mieux à ce que tu veux faire.
Et si tu cherches juste un système polyvalent sans usage précis en tête ? Là, aucune règle ne s’applique. Tu peux choisir ta distribution pour la philosophie qui la porte et le projet humain qu’il y a derrière. Tu peux aussi la prendre juste parce qu’elle a une bonne tête et ce sera un critère parfaitement valable. En plus, la magie de Linux c’est que tu peux pratiquement tout tester gratuitement puisque la grande majorité des distributions peuvent être utiliser en live directement depuis une clé USB, sans rien installer ni casser sur ta machine. Donc ce n’est vraiment pas sorcier, tu essayes et si ça te convient tu installes. Tu peux même conserver ton Windows en parallèle, mais à quoi bon conserver un logiciel espion sur ton ordinateur ?
Le mythe du club fermé des « vrais » linuxiens
À côté de cette idiotie du Linux pour débutant, à l’inverse on retrouve exactement la même fable en version experts. D’après certains linuxiens chevronnés il y aurait des distributions réservées à une poignée d’initiés. Et toutes celles et ceux qui ne les utilisent pas ne seraient que des sortes de losers. C’est une vieille rengaine pédante qui traîne dans le milieu depuis toujours. Pour ces gens-là, tu n’es un vrai linuxien que si tu t’enfonces dans les difficultés. Pour être crédible à leurs yeux, il faudrait tourner uniquement sur des distributions réputées pour leur complexité. Du genre où tu recompiles la moitié de ton système toi-même et où le moindre réglage te coûte une soirée entière. À les écouter, je devrais lâcher mon Linux Mint pour un de ces systèmes dont je n’ai aucune utilité uniquement histoire de prouver que je suis à la hauteur.
Seulement voilà, sur mon ordinateur principal j’utilise Linux Mint avec l’environnement Cinnamon. Et sur la machine qui me sert à faire mes tests, elle tourne le plus souvent sous Linux Mint XFCE. Bref, rien de bien impressionnant. Et pour ne rien arranger Linux Mint s’est vu coller l’étiquette de Linux pour débutant par des gens qui ferait mieux de réfléchir avant de raconter n’importe quoi. Oui, c’est vrai, Linux Mint est très simple à utiliser. Et alors, où est le problème ? Il n’a pas de noyau Linux ? Il est limité ? Non ! Tout ceci est faux. Je tourne sous Linux depuis 1997 et j’apprécie simplement d’utiliser un système d’exploitation à la fois ergonomique et plutôt joli niveau design.
Alors la grande question, c’est pourquoi est-ce que je devrais en changer ? Que ce soit pour le travail ou le loisir, Mint réponds parfaitement à tout ce que je lui demande au quotidien sans jamais me mettre de bâtons dans les roues. Il est stable et je sais exactement où trouver tout ce dont j’ai besoin. Il n’est donc pas question pour moi de changer de distribution juste pour le prestige et le plaisir d’épater trois puristes égocentriques sur un forum. Et je dois avouer que je prends toujours un malin plaisir à dire que j’utilise une distribution pour « débutant ». Après, là où ça devient vraiment marrant ce n’est pas de savoir quelle distribution on utilise mais plutôt de savoir ce que l’on arrive à faire avec. Parce que jusqu’à preuve du contraire ce n’est pas une distribution Linux qui fait le talent de son utilisateur. Au final, il ne faut pas oublier qu’il y a les logiciels, la quantité de ressources que l’on peut leur allouer et la façon de les utiliser. Tout le reste ce ne sont que de fausses polémiques qui ne font que ridiculiser ceux qui les entretiennent.
En finir avec le mythe de la console indispensable
Après le faux Linux pour débutant et le faux Linux pour experts, il reste le plus gros morceau à dégommer : Le mythe de la console ! Parce que c’est typiquement le genre de délire qui freine l’adoption de Linux à grande échelle en lui collant une réputation de système réservé aux pros du clavier. Alors qu’il faut le dire clairement, avec la plupart des distribution modernes, tu peux très bien utiliser un Linux sans jamais ouvrir ta console une seule fois.
Et au pire, le jour où tu auras fait une mauvaise manipulation qui t’obligerait à l’ouvrir, tu seras bien content qu’elle soit là. Car c’est elle qui te permettra de réparer ton système si jamais il rencontre un problème. Pas besoin pour autant de connaître la moindre commande par cœur. Il suffit d’exposer la nature de ton problème sur un forum et tu trouveras toujours quelqu’un pour te donner les commandes à recopier dans ton terminal. Et ton système sera de nouveau en pleine forme. À côté de ça, avec Windows tu es juste bon pour tout formater et réinstaller tous tes logiciels.
Parce qu’au quotidien, Linux, c’est quoi au juste ? Pour moi, c’est la même chose que Windows ou Mac. J’ai mes icônes sur le bureau, je clique dessus et ça s’ouvre. J’ai ma barre des tâches pour lancer mes programmes. Et quand je veux installer un logiciel, je passe par la logithèque pour choisir comme sur un store. En utilisation classique, à aucun moment je n’ai besoin de la console.
Du coup, elle sert à quoi exactement ? À des utilisations qui ne concernent pas la grande majorité des personnes qui utilisent un ordinateur. Comme par exemple pour taper des commandes SSH pour administrer une machine à distance, installer de temps en temps un logiciel un peu exotique, ou pour coder. Et encore, même pour coder, à titre personnel, je m’en passe le plus possible. J’écris mon code dans Geany qui est un éditeur graphique, parce que c’est bien plus confortable et moins austère que de rédiger des lignes dans une fenêtre noire. La console me sert principalement à lancer ou tuer des processus, à compiler et à vérifier que tout tourne à l’aide d’outils de test.
Je le concède volontiers, ça fait moins classe que le hacker en sweat à capuche qui pianote des signes verts fluo sur un écran noir. Sauf que cette image, c’est juste du cinéma qui laisse croire à tort que Linux serait réservé à une espèce d’élite alors qu’il n’en est rien.
Ceci dit, je ne vais pas réécrire l’histoire. Il est vrai que jusqu’à l’arrivée d’Ubuntu, Linux n’était pas facile à apprivoiser et qu’il se montrait souvent instable en mode graphique. Mais cette époque est derrière nous depuis de longues années. Un Linux Mint, par exemple, se prend en main en un rien de temps quand on débarque de Windows. Comme bien d’autres distributions, il est super rapide et très bien maintenu avec des mises à jour régulières. Il m’arrive de passer plus d’un mois sans redémarrer ma machine, alors que durant ce temps j’ai codé, retouché des images sous GIMP, ouvert des dizaines d’onglets dans mon navigateur, écouté de la musique… Et tout reste stable sans avoir à ouvrir la console pour régler le moindre problème. Ce qui prouve que oui, n’en déplaise à certains, Linux est devenu grand public. Et il y a vraiment de quoi se réjouir de cette énorme réussite plutôt que de se plaindre que ça fait moins badass.
Choisir le Linux que tu pourras façonner le plus facilement pour répondre à ton utilisation
Au final, le seul vrai piège à éviter pour passer à Linux ce sont les conseils à la con qui prétendent te dire quelle distribution choisir quand tu débutes. Parce que le réflexe derrière ces articles c’est presque toujours de te refourguer un Linux qui imite Windows ou macOS pour ne pas trop te dépayser. Mais soyons honnêtes deux secondes. Si tu tiens absolument à un Linux qui ressemble le plus possible à Windows, reste sur Windows ! Et si tu veux un Linux qui se comporte comme macOS, reste sur macOS ! Parce que tu ne gagneras rien du tout à installer une pâle copie de ce que tu as déjà sous la main. Tu seras juste en route pour obtenir de la frustration.
Le bon réflexe, c’est de choisir un Linux que tu peux façonner facilement selon tes préférences et l’usage que tu vas en faire. Parce que le gros avantage de Linux c’est que le système s’adapte à 100% à toi et non l’inverse. C’est aussi la meilleure façon d’éviter le piège des distributions un peu honteuses, du genre Zorin OS et quelques autres du même genre qui empilent les lourdeurs et finissent par trahir l’esprit Linux. Sans parler de leur logique 100% commerciale qui se déguise en philosophie soi-disant user friendly.
Conclusion : Linux a bien mûri, à nous de le faire savoir
C’est un vrai bonheur de voir à quel point Linux est devenu un incontournable et de constater que de plus en plus de personnes l’adoptent définitivement. Mais si on veut que ce mouvement continue sur sa lancée, il reste encore un sacré boulot à faire côté communication. Et ce travail d’information il ne faut pas le laisser aux médias qui racontent n’importe quoi. En tant qu’utilisateur Linux tu es un média à ton niveau qui peut s’exprimer sur les réseaux sociaux pour partager son expérience utilisateur loin des clichés insupportables. C’est de cette façon que Linux pourra continuer à se démocratiser et à prouver que l’esprit open source peut faire dégager du paysage informatique les big techs et leurs mauvaises pratiques.
Je tiens à préciser que dans cet article j’ai pris l’exemple de Linux Mint parce que c’est celui qui me convient le mieux depuis quelques années. Peut-être même par simple habitude. Mais à aucun moment je n’ai dit que tout le monde devait choisir cette distribution. Encore une fois, il existe des dizaines de distributions très sympa. J’aurais pu tout aussi bien te parler de Kubuntu ou de MX Linux, que j’apprécie particulièrement, mais ce ne sont que mes goûts personnels. Il n’y a donc aucune directive dans ma démarche. Juste une invitation à être curieux et à faire fonctionner ton esprit critique.
Après toutes ces années d’utilisation, les seules choses qui pourraient me détourner de Mint ce serait que son éditeur ait la très mauvaise idée d’implanter une IA intégrée d’office ou qu’il ajoute des lourdeurs qui n’ont aucune raison d’exister. Parce qu’un Linux se doit de rester léger, c’est une question de principe. Quant à l’IA elle n’a rien à faire dans un système d’exploitation ou un navigateur.
Et si ces lignes rouges venaient un jour à être franchies, eh bien je remplacerais sans doute mon OS actuel par un Slackware ou un FreeBSD. Ou alors, peut-être que NovaFuture finirait par sortir sa propre distribution. On n’est plus à ça près 🙂 En attendant, on te souhaite d’agréables moments sous Linux et à très bientôt pour de nouvelles aventures.
Si tu as apprécié cet article,
merci d'encourager le copyleft et l'open source
et de soutenir nos projets.













