​Est-il possible d’établir un lien entre Sense8 et ActivityPub ?

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Chez NovaFuture on est tous des grands fans de la série Sense8. Outre le fait qu’elle soit remarquablement bien réalisée, c’est surtout parce qu’elle correspond à 100% à bon nombre de nos valeurs. Mais on ne va pas parler que de ça. Loin de là ! Je ne sais pas vraiment comment cela a pu déraper à ce point ? Mais toujours est-il que cet article arrive à faire le lien entre Sense8 et ActivityPUB. C’est peut-être audacieux ? Ou du n’importe quoi ? Je ne sais pas… Alors lis jusqu’au bout et tu me diras si c’est un fiasco ou pas 😉

Sense8 c’est une série qui transcende littéralement les rapports humains

Nous sommes en 2015. Netflix commence à peine à s’imposer comme une alternative crédible à la télévision traditionnelle. C’est dans ce contexte que les sœurs Wachowski qui ont redessiné la science-fiction avec Matrix débarquent avec un projet qui n’a rien à voir avec ce que la plateforme produit habituellement. Elles lancent leur première série intitulée Sense8 qui contient tout ce qui a fait leur force au cinéma, telle que l’ambition visuelle, la profondeur philosophique et le refus du compromis. Le résultat est une franche réussite.

Le point de départ est simple à résumer et impossible à vraiment expliquer. Huit personnes et huit villes aux quatre coins de la planète. Nairobi, Mumbai, Chicago, Berlin, Séoul, Mexico, Londres et Reykjavik. Des vies qui n’ont aucune raison de se croiser. Will un flic de Chicago hanté par un meurtre non résolu. Sun la fille d’un puissant homme d’affaires de Séoul qui pratique le kwan ki do. Nomi une hackeuse de San Francisco. Kala une pharmacienne de Bombay fiancée à un homme qu’elle n’aime pas. Riley une DJ originaire de Reykjavik au passé trouble. Wolfgang un cambrioleur berlinois à l’histoire familiale complexe. Lito un acteur de films d’action mexicain qui cache son homosexualité. Capheus un chauffeur de matatu de Nairobi qui cherche à soigner sa mère.

Un jour, sans explication, sans mode d’emploi, ces huit personnes commencent à se percevoir. Pas à se voir sur un écran mais à se ressentir. Les émotions de l’un traversent l’autre. La douleur de l’une devient la douleur de tous. La joie aussi. La peur aussi. Un cluster, dans le vocabulaire de la série. Huit individus qui forment soudainement quelque chose qui ressemble à un seul esprit réparti sur plusieurs continents.

Ce qui frappe immédiatement, et qui différencie radicalement Sense8 de tout ce qui se faisait alors, c’est le refus absolu de la facilité. Les Wachowski tournent à Nairobi pour de vrai. À Séoul pour de vrai. À Mumbai pour de vrai. Pas dans un plateau reconstitué en Californie, ni dans un décor de carton-pâte avec deux figurants et une musique d’ambiance censée faire couleur locale. Chaque personnage existe pleinement dans sa culture, dans sa langue et dans sa réalité quotidienne. La série respire le monde. Elle sent le bitume de Berlin et la chaleur de Nairobi et la densité de Mumbai. En seize villes et treize pays, les réalisatrices ont fabriqué quelque chose qui ressemble à un vrai regard sur la diversité humaine. Mais pas la diversité comme argument marketing, ni non plus la diversité comme un quota à remplir pour calmer les critiques. Juste la diversité comme un état de fait, comme une richesse brute, comme la matière première d’une histoire qui ne pourrait pas exister autrement.

Et puis il y a ce que la série dit sans jamais le dire explicitement. Les Wachowski sont trans. Elles savent ce que c’est que de vivre dans une identité que le monde refuse de reconnaître, dans un corps que la société voudrait effacer ou corriger ou carrément faire taire à jamais. Sense8 est traversée de part en part par cette expérience-là. Pas seulement à travers le personnage de Nomi, femme trans dont le parcours est central, mais dans l’architecture même de la série. Ces huit personnages que tout sépare et qui se retrouvent reliés malgré eux, qui apprennent à habiter une existence plus large que celle que leur environnement leur avait assignée, c’est une métaphore sur l’identité, sur ce que ça coûte d’être soi dans un monde qui préférerait que tu sois autre chose.

Avec Sense8 l’empathie devient une redoutable arme politique

Sense8 ne fait pas de la politique au sens péjoratif du terme. Pas de discours. Pas de manifeste. Pas de personnage qui explique au spectateur ce qu’il doit penser. Les Wachowski sont bien trop intelligentes pour ça.

Ce qu’elles font est infiniment plus subversif. Elles montrent ce qui se passe quand des êtres humains cessent de se percevoir comme des individus séparés et commencent à ressentir la réalité de l’autre. Physiquement. Viscéralement. Quand la douleur de quelqu’un à Nairobi devient ta douleur à Berlin. Quand la peur de quelqu’un à Séoul te réveille à Mexico. L’empathie n’est plus une valeur abstraite qu’on brandit dans un discours. C’est une expérience concrète et donc impossible à nier.

Et c’est là que la série devient dangereuse pour l’ordre établi. Parce qu’une personne capable de ressentir vraiment les émotions de tout le genre humain devient très difficile à manipuler. Parce que le racisme, le nationalisme et la haine de l’autre ne prospèrent que sur la seule condition de ne jamais vraiment ressentir ce que l’autre ressent. Et Sense8 réussit le tour de force de dynamiter cette condition à la base.

Au final le cluster ne survit pas parce qu’il est idéologiquement aligné. Au contraire il survit parce qu’il est radicalement divers et que cette diversité c’est toute sa force. Chacun apporte ce que les autres n’ont pas. Will le flic de Chicago apporte son sens du devoir. Sun la combattante de Séoul apporte sa discipline et sa force. Nomi la hackeuse de San Francisco apporte son intelligence et sa ruse. Capheus le chauffeur de Nairobi apporte son courage et son optimisme. Riley la DJ islandaise apporte son empathie. Wolfgang le cambrioleur berlinois apporte sa brutalité froide quand il le faut. Lito l’acteur mexicain apporte sa capacité à jouer tous les rôles. Kala la pharmacienne de Bombay apporte sa science et sa précision. Ensemble ils sont inarrêtables. Séparés ils sont vulnérables. C’est une leçon de politique que peu de manuels enseignent.

Netflix ou l’art de ne pas respecter ses utilisateurs

Sans aucun préavis, le 1er juin 2017 Netflix annule Sense8 sans même laisser un espace pour une saison de conclusion. Pourtant, la série cartonne ! Mais la raison est aussi simple que lamentable. Avec 9 millions de dollars par épisode c’est soi-disant trop cher pour l’audience générée. Dans la logique capitaliste de la plateforme peu importe la qualité, peu importe l’impact et peu importe la communauté qui s’est construite autour de la série dans le monde entier. Il vaut mieux produire 10 séries pourries pour le même prix. Et tant pis pour les 3 saisons restantes ! Parce que Straczynski et les Wachowski avaient prévu 5 saisons pour pouvoir dérouler correctement toute l’intrigue. Les contrats des acteurs étaient d’ailleurs signés pour 5 saisons. Mais tout fut sacrifié sur la base de tableaux Excel provenant de gens qui ne comprennent rien à l’art.

Ce qui s’est passé ensuite est rarissime. Les fans refusèrent catégoriquement cette décision. En moins d’un mois plus de 500000 personnes signèrent une pétition. Les réseaux étaient en ébullition. Des fans aux quatre coins du monde organisaient des projections et écrivaient des lettres ouvertes pour interpeller directement Netflix. Il est très rare d’arriver à faire plier une multinationale. Mais le 29 juin 2017, un mois à peine après l’annulation, Lana Wachowski annonce que Netflix accepte de produire un épisode final de deux heures. Il sera diffusé le 8 juin 2018.

Lana Wachowski écrit alors aux fans : “Dans ce monde il est facile de croire que vous ne pouvez pas faire la différence. Que lorsqu’une entreprise prend une décision elle est irrévocable. Mais de manière improbable et imprévisible votre amour a ramené Sense8 à la vie”.

Ce n’était pas la fin rêvée. Juste le strict minimum pour faire le deuil de la série plus sereinement. Lana avait une vision très claire sur 5 saisons et un épisode de deux heures ne pouvait pas remplacer 3 saisons entières. Mais c’est au moins une fin. Alors appelons ça une demi victoire.

Et si Sense8 était une allégorie du Fediverse ?

D’un coté, on a une fiction avec huit individus que tout sépare. La langue. Le continent. La culture. La classe sociale. Le genre. L’orientation sexuelle. Des gens qui dans la vraie vie n’auraient jamais eu la moindre raison de se croiser. Parce qu’a priori, un flic de Nairobi n’appelle pas spontanément une hackeuse de San Francisco pour prendre de ses nouvelles. Une coréenne pratiquant le kwan ki do ne partage pas son petit-déjeuner avec un criminel berlinois. Habituellement, ce sont des mondes étanches. Des bulles hermétiques. Des vies parallèles qui ne se touchent jamais. Et pourtant quelque chose se produit. Une connexion. Brutale. Inattendue. Non choisie. Personne n’a demandé à rejoindre ce cluster. Personne n’a cliqué sur un bouton “s’inscrire”. Personne n’a coché une case “je veux ressentir la douleur et la joie d’un inconnu à l’autre bout du monde”. C’est arrivé et c’est tout.

De l’autre coté on a le Fediverse… Ça ne te rappelle pas quelque chose ? Des gens aux quatre coins de la planète. Des langues différentes. Des cultures différentes. Des compétences différentes. Une infrastructure décentralisée qui n’appartient à personne et à tout le monde à la fois. Sur le papier c’est exactement le même cluster. Exactement la même promesse. Exactement le même potentiel. La seule différence c’est que tout le monde est volontaire pour être interconnecté. Alors pourquoi cela ne se passe pas comme dans Sense8 alors que toutes les conditions sont réunies ?

Fediverse, l’outil parfait qui ne nous bouscule pas assez

Posons nous la question tranquillement entre amis. On n’est pas là pour polémiquer mais pour progresser. Si on réfléchit bien, techniquement parlant le Fediverse a tout ce qu’il faut pour fédérer les initiatives progressistes. Pas de GAFAM. Pas d’algorithme manipulateur. Pas de pub. Pas de patron milliardaire qui décide ce que tu vois et ce que tu ne vois pas. Des instances gérées par des gens qui te ressemblent. Un protocole ouvert que n’importe qui peut implémenter. C’est magnifique sur le papier. C’est même beau dans la pratique sur beaucoup d’aspects.

Alors pourquoi au bout du compte est-ce que l’on se retrouve quand même avec du scroll infini qui n’aboutit pas à grand chose ? Pourquoi est-ce que l’on se retrouve avec la même chasse aux boosts et aux favoris que sur les réseaux des GAFAM ? Pourquoi est-ce que le trending met toujours en avant les mêmes gros comptes ? Pourquoi est-ce que la majorité des utilisateurs consomment passivement au lieu de créer, de partager et d’échanger ?

En comparaison avec la série qui est l’objet de cet article, les sensitifs n’ont pas choisi leur cluster. Lana Wachowski les a branchés au hasard. Sans cela, ils n’auraient jamais eu l’initiative de suivre des personnes totalement étrangères à leur univers. Et c’est précisément ce chaos initial qui a tout déclenché. Qui les a forcés à sortir de leur zone de confort. À découvrir que dans sa différence le parfait inconnu avait exactement ce qui leur manquait.

Sur le Fediverse qui est-ce que tu suis ? Des gens qui pensent comme toi. Peut-être tes amis. Et aussi des gros comptes que le trending t’a mis sous le nez. Bref, tu as construit ta bulle sur une infrastructure libre de la même façon que les autres personnes sur les réseaux commerciaux. Et le bilan de tout ça c’est que ça tourne majoritairement en boucles fermées. Donc, pour en sortir, il me semble qu’il y a deux questions importantes à se poser. Est-ce que le problème c’est l’outil ? Ou est-ce que le problème c’est nous ?

Fediverse, comment sortir de sa bulle sans algorithme manipulable ni IA ?

Le Fediverse a un trending. C’est bien, c’est important de connaître les tendances. On y trouve de bonnes choses. Mais le trending c’est le contraire du random. Le trending tout seul ne fait qu’amplifier ce qui existe déjà. Il met en avant uniquement les personnes qui ont une grosse audience. Bref, c’est une sorte de star système. Bienveillant peut-être ? Qualitatif parfois. Mais un star système quand même.

Et à côté de ça ? Rien. Des milliers de petits comptes extraordinaires qui postent dans le vide. Un développeur au Sénégal. Une militante au Vietnam. Un paysan ukrainien qui documente sa vie sous les bombes. Une hackeuse brésilienne qui construit des outils libres. Ton futur cluster, il n’a pas les conditions idéales pour éclore.

Pourtant, les outils sont là. Beaucoup d’instances ont déjà des systèmes de découverte. Le problème n’est pas technique. C’est un problème d’UI qui dégrade l’UX. Autrement dit, les fonctions existent mais elles sont enfouies, mal mises en avant… et donc ignorées.

Et pendant ce temps les petits comptes se contentent d’un rôle de spectateurs. Ils attendent. Ils espèrent. Et quand rien ne vient ils se découragent. Ils vont ailleurs. Ou pire encore, ils arrêtent. Ce sont pourtant eux qui font vivre un réseau. Les gros comptes attirent. Les petits comptes construisent. Un réseau sans petits comptes actifs c’est une scène sans public. Un cluster sans nouveaux membres c’est Sense8 sans saisons 3, 4 et 5.

Alors pourquoi ne pas inciter activement les utilisateurs à sortir de leur bulle ? Par exemple en leur proposant de découvrir 3 comptes random par jour de manière visible. Pas enfoui dans un menu. Pas en option avancée, mais carrément sur le fil d’actualité sous la forme d’un message. Est-ce que ça peut se faire n’importe comment ? Non. Personne n’a envie de se voir proposer des comptes qui ne correspondent pas aux standards de la communauté. Un trust score minimal est donc indispensable.

La solution n’est pas dans l’intelligence artificielle. Pas dans un algorithme sophistiqué. Juste une fonction de base. Du random pur avec un minimum de bon sens. Tu cliques. Tu tombes sur quelqu’un que tu n’aurais jamais croisé. Peut-être que ça ne t’intéresse pas. Tu recliques. Peut-être que cette fois c’est le début de quelque chose…

Et au-delà de ça est-ce qu’il ne serait pas possible d’imaginer d’autres outils pour dynamiser le réseau ? C’est juste une question. Et un débat auquel on serait ravis de participer de façon constructive.

De l’indie web généreux au web individualiste

Plus j’avance dans l’écriture de cet article et plus je me demande comment j’en arrive à passer de Sense8 au Fediverse. Écartons l’hypothèse de la drogue 🙂 Pour comprendre réellement ce qui se passe, je pense qu’il va falloir que je partage quelques événements personnels. Dès son origine, je me suis énormément investi dans l’aventure Indymedia. C’était vraiment une période fabuleuse. Avec des collègues on avait même créé une antenne locale avec des réunions publiques hebdomadaires ouvertes IRL pour motiver du monde. On modérait, on publiait. Des fois en local, des fois en global.

Mais surtout, on était dans une époque où l’on regardait régulièrement l’agenda en ligne par rapport à ce qui était annoncé et on n’avait pas peur de faire des kilomètres en train ou en voiture pour aller à des no borders. A coté de ça, c’était super facile de lancer un événement du type atelier installation Linux ou bien de n’importe quel autre domaine en rapport avec les alternatives. Et par dessus tout ça, les questions de genre ou de sexualité était quasiment un non sujet entre-nous. Cela a duré quelques années et puis de mon coté j’avais besoin de faire un break avec la société occidentale alors je suis parti vivre en Afrique durant une longue période. J’étais en connexion avec ce que je faisais sur place, du coup j’avais quasiment lâché le web pour me consacrer entièrement à des alternatives physiques. C’était d’autant plus facile que la connexion web sur place était d’une lenteur décourageante.

Et puis je revenu en Europe. Et je n’ai pas compris ce qui avait pu se passer durant ces années d’absence. Avant même Indymedia, j’étais déjà dans l’Indie web. Je ne connaissais pratiquement que ça. Pour une simple raison, je voyais dans le web alternatif un excellent moyen de nous libérer du capitalisme. Je dois même avouer que d’innombrable fois je me suis mis à rêver sur comment serait le web dans 10 ans ? Avec toutes ces personnes connectés aux quatre coins du monde et tous ces progrès technologiques qui allaient arriver, j’étais intimement persuadé que ce n’était qu’une petite question de temps pour que l’on puisse basculer vers un modèle de société où il ferait bon vivre. Mais au lieu de ça, lorsque je suis revenu j’ai eu l’impression d’être comme le personnage principal du film Idiocracy. J’étais dans un monde que je ne reconnaissais plus. Tout avait régressé. Alors j’ai essayé de recoller les morceaux et de comprendre ce qui avait pu mal tourner. Je n’ai pas eu à chercher bien longtemps. Des personnes brillantes que j’avais grand plaisir à lire sur les médias indépendants ou sur leur blog en étaient réduites à publier des messages limités à 140 caractères sur Twitter. D’autres pensaient améliorer le monde sur des groupes Facebook. Et moi dans tout ça ? Je me suis dit mais c’est quoi cette merde ? Comment on a pu en arriver là ? Mais je me suis dit aussi que c’était peut-être moi qui n’était plus en phase avec cette époque. Du coup, je suis reparti encore quelques années en Afrique et durant ce temps je n’avais toujours pas la tête à replonger dans le web.

Jusqu’à ce que je revienne en Europe pour me rendre compte que c’était encore devenu pire. Cela ne sert à rien de se mentir, les GAFAM ont quasiment anéanti tout ce qui faisaient la richesse intellectuelle du web. Alors je me suis dit, tu peux faire quoi à ton modeste niveau ? Te battre frontalement contre l’ennemi ? Peine perdue ! Combattre l’ennemi de l’intérieur sur ses propres réseau ? C’est ridicule ! Créer une alternative ? Ça c’était la bonne idée ! Seulement voilà, les temps avaient changé. C’était terminé l’époque où Google et les autres se comportaient normalement. Dans ce nouveau web l’espace pour faire naître une alternative était aussi grand qu’un trou de souris. Mais est-ce que le fond du problème c’était vraiment les GAFAM ou bien les mentalités qui avaient changé ?

Je n’ai pas mis le longtemps à comprendre le problème. C’est surtout les mentalités qui avaient changé. Les GAFAM avaient bien fait leur sale boulot. La culture du like l’avait largement emporté sur les échanges sincères. Et par rapport à l’indie web, de plus en plus de personnes se comportaient comme de vulgaires consommateurs au lieu d’être des acteurs. Par exemple, si tu fais du support pour de l’open source bénévolement et tu retrouves à te faire engueuler ! T’as pas répondu assez vite ? Ta réponse n’était pas assez compréhensible du goût de ton interlocuteur ? Tu te fais engueuler ! Tu publies sur un média libre et on vient te faire des réflexions sur la forme. Dur de conserver son calme ! Parce que merde ! Tout ça c’est du temps, c’est des moyens engagés… Ce n’est pas rien ! Et malgré tout ça, rarement merci. Et par dessus tout ça, de moins en moins de monde pour s’engager sur des projets libres. Tant que ça ne fait pas la une des médias mainstream, ou que ce n’est pas hype, c’est extremement difficile de faire décoller un projet. Donc le problème est clairement identifié : C’est le collectif qui est brisé. Parce que nous sommes clairement entré dans l’ère de l’individualisme triomphant. C’est triste à dire, mais c’est comme ça.

Pourquoi un tel manque de créativité ?

En dehors des fascistes, j’aime bien côtoyer des personnes de tous les horizons. Donc, pas forcément du milieu alternatif. Et parfois, au hasard d’une conversation, on en arrive à parler réseaux sociaux. Alors je parle de Mastodon. La plupart des gens ne connaissent pas. Alors le plus honnêtement du monde je leur dis que c’est une sorte de Twitter un peu moche. Tu le vois le problème arriver ou pas ? Venant d’une mouvance qui a créé le WWW, qui a créé Linux, qui a créé le logiciel libre, qui a su en son temps créer des médias puissants… On pourrait s’attendre à beaucoup mieux qu’une pale copie de Twitter avec Mastodon ? Qu’une pale copie de Reddit avec Lemmy et son vote down toxique ? Et qu’une pale copie de Facebook avec Friendica ? Où est passé la créativité du coté des alternatifs ? Voilà la question à se poser. Et l’autre question à se poser c’est : En tant qu’utilisateur, est-ce que je viens sur une instance Mastodon pour lire du média mainstream en trending ou bien est-ce que je viens pour découvrir des collectifs et de bonnes initiatives ? Pour le reste, je le dis absolument sans aucune animosité, si c’est pour faire défiler indéfiniment des mêmes et des photos de chat, où est l’intérêt ? Quel différence entre ça et aller sur une poubelle GAFAM avec un bon bloqueur de publicité ? J’ai du mal à cerner la différence. Est-ce que mon propos est de dire qu’il faut interdire les mêmes et les photos de chat ? La réponse est non. Mon propos est simplement de se demander pourquoi un réseau alternatif en arrive à ressembler étrangement à un réseau GAFAM dans sa façon de fonctionner. Et par dessus tout, pourquoi ne joue-t-il pas son rôle essentiel de fédérateur et de générateur d’échanges humains ?

Je suis d’autant plus surpris que le protocole ActivityPub est une matière vraiment très malléable. Et pourtant, la majorité des sites qui l’utilisent ont tendance à ressembler à des copier/coller. De notre coté, on a choisi un autre chemin. Je ne sais pas si on a tort ou raison. L’avenir nous le dira. En attendant le plus important c’est que l’on se fasse plaisir en suivant notre route.

Toujours est-il que l’on est parti à l’inverse de la tendance actuelle. Sans doute le coté punk qui ressort 🙂 On a déjà commencé par imaginer le réseaux social qui conviendrait le mieux à ce que l’on souhaitait. C’est-à-dire un petit réseau à l’ambiance familiale qui favorise les vrais échanges. On a ensuite bossé sur un truc que l’on va appeler pour l’instant notre sauce secrète. Et maintenant on vient d’en arriver au stade où l’on va se brancher sur le Fediverse. D’ailleurs, si tu es développeur et que tu peux nous filer un coup de main c’est franchement pas de refus 😉

Mais entendons nous bien, à aucun moment il n’est question de dire qu’un réseau libre doit obligatoirement ressembler à ceci ou cela. C’est même pratiquement le contraire. Il est juste question de dire que dans réseau social il y a le mot social. Et qu’au niveau des forces progressistes, plus que jamais, on a vraiment besoin d’outils adaptés à différentes situations qui nous redonnent un vrai lien social. J’en reviens donc à Sense8 🙂 Si cette fiction pouvait être une source d’inspiration pour les développeurs, ce serait vraiment un game changer.

Conclusion : Un pour tous, tous pour un !

Je commence à avoir du métier. Par expérience je sais que ce type d’invitation au débat attire toujours quelques critiques sournoises. Je me permets donc d’anticiper pour que tout soit clair. Au niveau de NovaFuture on a un compte Mastodon et dans l’ensemble on est plutôt content de ce qui se passe. On a des followers qui partagent nos contenus et qui parfois nous laissent des messages sympas. A coté de ça on a compte Mastodon en français que l’on dû arrêter car on n’avait plus le temps de s’en occuper. Si quelqu’un veut nous aider à le maintenir sois le bienvenu 🙂 Et on a un compte Lemmy pour faire la bascule avec cette poubelle de Reddit. Mais pareil, on n’a pas vraiment le temps de s’investir comme on le souhaiterait. A titre personnel, en dehors du NovaFlow, je n’ai plus de compte sur les réseaux sociaux parce que je trouve ça soit trop toxique, soit une perte de temps. Et pour le reste de l’équipe de NovaFuture absolument personne n’est en manque d’une quelconque notoriété. On a juste fait le choix de monter ce projet NovaFuture et de s’y investir à fond. C’est un gros challenge, c’est vraiment du gros boulot, il faut un moral d’acier pour ne pas se décourager, mais on est motivé à fond.

De notre coté, pour l’instant, faute de moyens pour passer à la vitesse supérieure, on se limite à ouvrir des débats constructifs et à proposer des solutions alternatives au capitalisme. Par rapport à cela, on peut aller beaucoup plus loin que sur le seul terrain passif du web. Comment ? Et si tu commençais déjà par partager cet article ? Ça c’est cool, ça élargit le débat et c’est même pas 10 secondes de ton temps. Et puis pourquoi tu ne trouverais pas ta place ici ? Ou ailleurs, dans un autre projet collectif qui te correspond ? Et au passage, si tu te posais vraiment la question de savoir quoi faire pour passer du stade de consommer du réseau à devenir un véritable acteur dans le réseau… Le monde changerait, pas vrai ?

A coté de tout ça, on a un immense respect pour toutes celles et ceux qui créent ou utilisent des alternatives. On a tous une grosse culture du libre qui est profondément ancrée en nous. Ce qui fait que l’on n’est jamais les derniers à soutenir des projets d’une façon ou d’une autre. Maintenant que l’on a fait le tour du sujet, comment on fait pour créer un autre monde possible ?

Parce que l’on a tous notre talent, notre petit pouvoir individuel. Mais tout seul, avec une limite de caractères pour se parler, avec la peur du dislike, la peur du jugement, sans les outils pour trouver les bonnes personnes… On est quoi ? On fait quoi ?… Alors créons du lien mes amis et avançons 🙂 On a tous nos défauts mais l’espoir nous rassemble. Donc au plaisir de faire ta connaissance et à très bientôt pour de nouvelles aventures.

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