La pollution générée par les pneumatiques est un énorme scandale sanitaire et écologique

Accroche-toi bien, parce ce que tu vas découvrir un sujet qui risque de te mettre en colère. Les pneus sont partout ! Dans les voitures, les camions, les vélos, les motos et les avions. Et pourtant, presque personne ne parle de leurs grosses problématiques. Comme le fait que 6 millions de tonnes de particules toxiques sont générées chaque année dans le monde à cause de l’usure des pneumatiques. Ce qui représente une véritable catastrophe sanitaire et écologique à très grande échelle. Parce qu’avec les pneus nous avons affaire à des des tueurs silencieux qui contaminent notre air, notre eau et notre alimentation. Alors pourquoi ce silence assourdissant ? Peut-être parce qu’une industrie qui pèse 180 milliards de dollars par an fait tout pour étouffer le sujet. C’est tous ces points que nous allons essayer de comprendre au fil de cette contribution.
Les voitures électriques aggravent la pollution des pneumatiques
On nous présente souvent les voitures électriques comme une solution écologique miracle. Mais il y a un problème que l’on oublie souvent de mentionner. Il s’agit du poids des batteries. Car ces mastodontes de plusieurs centaines de kilos rendent les véhicules électriques 10 à 30% plus lourds que leurs équivalents thermiques. Or, plus un véhicule est lourd et plus ses pneus s’usent rapidement. Le résultat est donc que les pneus des voitures électriques s’usent en moyenne 20% plus vite que ceux des véhicules classiques. La conséquence directe de cette usure accélérée c’est que les véhicules électriques génèrent entre 20 à 26% fois plus d’émissions de particules de pneus que les voitures thermiques.
Tu commences à voir le problème ? On aggrave une source de pollution. Par exemple, une voiture électrique peut peser jusqu’à 760 kilos de plus que son équivalent thermique. Et ces centaines de kilos supplémentaires écrasent littéralement les pneus contre le bitume. Ce qui libère encore plus de particules toxiques dans l’environnement. En outre, avec le couple instantané des moteurs électriques qui délivre toute leur puissance dès la première seconde, on augmente encore l’usure prématurée. Donc la transition vers l’électrique ne résoudra pas le problème des émissions polluantes si l’on ne s’attaque pas sérieusement à la question des pneus. Mais au fait, qu’est-ce qu’il y a vraiment dans un pneu ?
La composition des pneus est un secret toxique
Tu crois savoir ce qu’il y a dans tes pneus ? Rien n’est moins sûr ! Un pneu c’est grosso modo 40 à 60% de caoutchouc naturel et synthétique, 20 à 35% de noir de carbone, jusqu’à 28% d’huile aromatique, une armature métallique en acier, des métaux lourds comme le zinc, le cadmium, le plomb et le cuivre, et 5 à 15% d’additifs chimiques. Présenté comme ça, à la limite ça peut passer. Mais le problème commence dès que l’on creuse l’aspect des additifs chimiques. Parce que dans ce domaine on parle en réalité de centaines de substances différentes. Et voilà le scandale : les fabricants de pneus ne sont pas obligés de divulguer tous leurs ingrédients. Du coup, il existe des centaines de formules différentes et chaque fabricant garde jalousement ses recettes secrètes car la formulation exacte des pneus est considérée comme propriétaire. Donc personne ne sait vraiment ce qui entre dans leur fabrication.
C’est effarant, non ? On roule sur un cocktail chimique dont on ignore la composition exacte. Et le peu que l’on en sait à de quoi donner de sérieux motifs d’inquiétude. Comme par exemple sur le fait qu’il y a du zinc, du plomb, du cadmium, du mercure, du chrome et du vanadium. Bref, que des métaux lourds super néfastes pour la santé. On y trouve aussi des hydrocarbures aromatiques polycycliques, les fameux PAHs, qui sont des cancérigènes reconnus. Il y a également du 6PPD, on y reviendra plus tard car c’est le pire de tous. Sans oublier les benzothiazoles, les phtalates, les sulfenamides, les guanidines et les thiazoles. Je continue ou tu as compris le genre d’ingrédient qui entre dans la composition d’un pneu ?
La concentration en PAHs peut atteindre 300 à 700 milligrammes par kilo dans les huiles utilisées. Mais ce n’est pas fini parce que certains produits de dégradation de ces chimiques sont encore plus toxiques que les composés d’origine. Autrement dit, quand le pneu s’use et que ces substances se décomposent au contact de l’air et du soleil, elles deviennent encore plus dangereuses qu’elles ne l’étaient déjà. Maintenant, la vraie question c’est : Où finit tout ce poison ?
Les pneumatiques polluent massivement les océans et les cours d’eau
Prépare-toi parce que les chiffres sont vertigineux. Les pneus sont la deuxième source mondiale de pollution par microplastiques, juste après les plastiques à usage unique. Chaque année, 200 000 tonnes de particules finissent dans les mers et océans du monde entier. Pour te donner une idée de l’ampleur du problème, entre 5 et 10% de tous les plastiques présents dans les eaux marines proviennent de l’usure des pneus. Mais si l’on regarde spécifiquement les microplastiques primaires, c’est-à-dire ceux qui sont directement émis sous forme de minuscules particules plutôt que d’être issus de la dégradation de plus gros morceaux, là on atteint carrément 28% ! Donc plus d’un quart de toute cette pollution invisible qui ravage la vie marine vient de nos pneus.
Mais comment ça peut arriver jusque là ? C’est simple à comprendre. Lorsque tu roules, tes pneus s’usent et les particules tombent sur la route. En zone urbaine équipée de systèmes de collecte des eaux pluviales, ces particules sont emportées par la pluie vers les égouts. Le problème c’est que dans de nombreuses villes, ces eaux pluviales sont rejetées directement dans les rivières sans aucun traitement. Dans les villes où elles sont traitées en station d’épuration, 35% des particules passent quand même à travers les filtres sans être retenues. De ce fait, elles se retrouvent dans l’eau d’irrigation agricole et même dans l’eau potable. Mais c’est encore pire sur les routes de campagne, les autoroutes et toutes les zones sans système de collecte des eaux. Là, 100% des particules partent directement dans la nature dès qu’il pleut, dans les fossés, les champs, les forêts et les cours d’eau. Globalement, 82% de toutes les particules émises par les pneus finissent dans les milieux aquatiques.
Mais le véritable cauchemar, c’est un produit chimique précis qui s’appelle le 6PPD-quinone. Le 6PPD est un additif ajouté à quasiment tous les pneus pour éviter qu’ils se fissurent. Le problème c’est que quand le 6PPD est exposé à l’ozone atmosphérique, il se transforme en 6PPD-quinone. Cette substance est un poison mortel pour certains poissons. Elle tue par exemple entre 40 et 90% de la population de saumons coho qui fraient dans les cours d’eau de la côte Ouest américaine. Et pendant des décennies, les scientifiques se demandaient pourquoi ces saumons mouraient massivement après les pluies. Mais une étude de 2020 a résolu le mystère en identifiant le 6PPD-quinone présent dans les particules de pneus emportées par le ruissellement comme le responsable de cette hécatombe.
Ce produit hautement toxique est également létal pour les truites arc-en-ciel, les ombles de fontaine, les ombles chevaliers et les esturgeons blancs. On parle d’une mortalité aiguë même à des concentrations infimes. Les autres espèces aquatiques ne sont pas épargnées non plus. Les particules provoquent des dommages cellulaires, des perturbations hormonales, un affaiblissement du système immunitaire et finalement la mort. L’eau est donc massivement contaminée, mais pour l’air que l’on respire c’est encore pire.
Les particules de pneus dans l’air sont un tueur invisible
Sans t’en douter, tu viens peut-être d’inhaler des particules de pneus. Parce qu’entre 3 et 7% de toute la pollution atmosphérique PM2.5 provient de l’usure des pneus. Le PM2.5, ce sont ces particules de moins de 2,5 micromètres de diamètre qui pénètrent profondément dans tes poumons. Et c’est impossible d’y échapper parce qu’une voiture émet 1 trillion de particules de moins de 100 nanomètres par kilomètre parcouru. Oui tu as bien lu : Un trillion par kilomètre !
Ces particules ultrafines sont si minuscules qu’elles font ce que les particules plus grosses ne peuvent pas faire. C’est-à-dire qu’elles traversent le tissu pulmonaire pour passer dans le sang. Elles peuvent même franchir la barrière hémato-encéphalique pour atteindre le cerveau. Et les conséquences sont multiples car des études suggèrent des liens avec des problèmes cardiaques, pulmonaires, développementaux, reproductifs et des cancers. Des recherches en laboratoire ont aussi démontré un stress oxydatif et des réponses inflammatoires dans les tissus pulmonaires exposés aux particules de pneus.
Mais tiens-toi bien parce que voici le chiffre le plus choquant : En 2021, 52% de toute la pollution particulaire issue du transport routier provenait des pneus et des freins. Plus de la moitié ! Les pots d’échappement polluent désormais moins que les pneus. Le rapport State of Global Air 2024 (données 2021) indique même 8,1 millions de décès annuels, faisant ainsi de la pollution de l’air le deuxième facteur de risque de décès dans le monde Et tout suggère que l’usure des pneus contribue significativement à ce fardeau sanitaire mondial.
Un pneu standard perd entre 1,5 et 3 kg de gomme sur toute sa durée de vie. Sur une voiture moyenne avec des pneus qui tiennent 40 000 km, cela représente environ 200 mg de particules par kilomètre. Mais ce chiffre varie énormément selon plusieurs facteurs : le poids du véhicule (les SUV électriques peuvent émettre 440-600 mg/km), la conduite (sportive ou souple), la tendreté du pneu (un pneu sport s’use plus vite qu’un pneu durci longue durée), et surtout la qualité du revêtement routier. Parce qu’un revêtement routier en goudron granuleux ou en béton abrasent les pneus bien plus rapidement qu’un asphalte lisse, ce qui augmente grandement les émissions de particules à kilométrage égal. Cela peut sembler peu mais quand tu multiplies par le nombre de véhicules sur Terre, tu comprends l’ampleur du désastre. L’air est donc pollué, l’eau est donc polluée… et maintenant devine quoi ? Par la force des choses nos aliments aussi 🙁
Les résidus de pneus contaminent notre alimentation
Oui, tu as bien lu. Il y a des résidus de pneus dans ta salade. Une étude de l’Université de Vienne a démontré que les additifs chimiques des pneus sont absorbés par les racines des légumes et s’accumulent dans les feuilles que nous mangeons. Les chercheurs ont testé des laitues hydroponiques en ajoutant un peu de particules de pneu et le résultat est sans appel : Tous les composés chimiques testés ont été absorbés par les plantes. Tous, sans exception, y compris le fameux 6PPD et son dérivé toxique le 6PPD-quinone.
Cette même étude de l’Université de Vienne a mesuré les concentrations réelles dans des légumes-feuilles cultivés en Suisse et en Israël : 238 nanogrammes par kilo de benzothiazole et 0,4 nanogramme par kilo de 6PPD. En fonction du régime alimentaire, cela expose chaque personne à un apport journalier involontaire de 12 à 1 296 nanogrammes de benzothiazole et de 0,06 à 2,6 nanogrammes de 6PPD. Ce qui pose un très gros problème car aucun seuil de sécurité n’a été établi pour ces substances dans l’alimentation. Nous ingérons donc quotidiennement des additifs de pneus sans savoir à partir de quelle dose ils deviennent dangereux pour notre santé. Mais comment ces saloperies arrivent dans nos légumes ? Par l’eau d’irrigation évidemment ! Parce que comme on l’a vu précédemment, les particules de pneus contaminent les sources d’eau douce et les sols agricoles. Et de ce fait, les additifs chimiques finissent absorbés par les racines des plantes.
Mais ce n’est pas tout ! Le 6PPD et le 6PPD-quinone ont été détectés dans l’urine de 150 personnes testées en Chine du Sud, incluant des enfants, des adultes et des femmes enceintes. Ce sont d’ailleurs les femmes enceintes qui présentaient les concentrations les plus élevées. On a donc littéralement des résidus de pneus dans notre corps. Alors s’il est avéré que les humains sont contaminés, qu’en est-il du reste du vivant ?
Les pneumatiques détruisent la faune et la flore
L’impact ne se limite évidemment pas aux humains et aux poissons. C’est tout l’écosystème qui morfle grave. Commençons par les sols. Les particules de pneus contaminent les sols et détruisent les organismes essentiels comme les microbes et les vers. Or ces bactéries et ces vers sont précisément ceux qui aèrent la terre et créent les nutriments dont les plantes ont besoin pour pousser. Et quand ces organismes disparaissent, le sol devient plus compact et moins efficace pour retenir l’eau.
Les plantes elles-mêmes sont donc directement touchées. Parce que les particules de pneus réduisent la croissance des racines et des pousses de nombreuses cultures comme les haricots mungo, le soja, les poireaux et le blé. Nos cultures alimentaires poussent donc moins bien à cause des pneus. Et en ce qui concerne la vie marine, on en a déjà parlé. Mais il faut aller plus loin. Parce que les particules contaminent aussi les copépodes marins qui sont de minuscules crustacés à la base de toute la chaîne alimentaire océanique. Donc si tu tues les copépodes, tu tues tout ce qui se nourrit d’eux, puis tout ce qui se nourrit de ce qui se nourrit d’eux… et ainsi de suite jusqu’au sommet de la chaîne alimentaire. Et plus tu montes dans la chaîne, plus la concentration augmente. Et au final, devine qui se retrouve avec la plus forte dose ?
Brûler des pneus est une catastrophe sanitaire et environnementale
Un pneu qui brûle, c’est carrément l’apocalypse chimique. Parce que quand un pneu prend feu, il libère un cocktail de substances hautement toxiques. On y trouve en autres poisons des dioxines, des furanes, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des polychlorobiphényles, du chlorure d’hydrogène et du benzène. Sans oublier toute une gamme de métaux lourds comme le cadmium, le nickel, le zinc, le mercure, le chrome et le vanadium.
Le niveau de pollution mesuré dépasse l’entendement. Une étude a par exemple mesuré une concentration moyenne de PM10 de 280 microgrammes par mètre cube pendant 24 heures de combustion, soit 7 fois supérieur à l’air ambiant mesuré au même endroit avant le feu. La concentration totale de PAHs a atteint 2 918 microgrammes par mètre cube. Les émissions de dioxyde de soufre dépassaient les normes de l’EPA de 3 fois. C’est absolument dramatique.
Un feu de pneus atteint facilement des températures dépassant 1 000°C. Donc utiliser de l’eau ou de la mousse pour l’éteindre est souvent complètement inutile car la seule solution efficace est de recouvrir les pneus de terre ou de sable. Et le pire dans tout ça, c’est que certains feux de pneus ont brûlé en continu pendant des mois. Comme par exemple en 1983 en Virginie où un feu de 7 millions de pneus a généré un panache de fumée de 900 mètres de haut qui s’est étendu sur 80 kilomètres. Le feu a brûlé pendant 9 mois en contaminant toutes les sources d’eau environnantes avec du plomb et de l’arsenic. Au bout du compte les personnes exposées involontairement à de grandes quantités de dioxines et de furanes ont développé de la chloracné (une maladie de peau horrible), ainsi que des problèmes hépatiques et une élévation des lipides sanguins.
Il faut donc que ce soit très clair. En attendant que le problème de la composition des pneus soit réglé, il faut au moins éviter d’aggraver stupidement le problème. Car manifester est un droit fondamental et être en colère contre les injustices c’est légitime et même nécessaire. Mais brûler des pneus lors de manifestations, c’est criminel pour l’environnement, c’est dangereux pour ta santé et pour celle des autres. Alors si tu veux te battre pour une cause juste ne détruis pas la planète en le faisant car il existe d’autres moyens de se faire entendre. En attendant, si c’est très mauvais de brûler les pneus on peut toujours les laisser se décomposer ?
Les pneus abandonnés polluent pendant des siècles
Mauvaise nouvelle, c’est pas vraiment mieux ! Parce qu’un pneu standard met entre 50 et 80 ans à se décomposer dans des conditions de décharge typiques. Cinquante à quatre-vingts ans, c’est déjà énorme. Mais certaines études suggèrent que certains types de pneus pourraient mettre jusqu’à 2 000 ans à se décomposer complètement. Deux mille ans ! Le pneu de ta voiture sera encore là quand tes arrière-arrière-arrière-arrière-petits-enfants auront disparu depuis longtemps.
Combien de pneus traînent actuellement sur la planète ? Quatre milliards de pneus usagés s’entassent dans les décharges et les stocks à travers le monde, dont 2 milliards rien qu’aux États-Unis. Et pendant tout ce temps, ils ne restent pas sagement inertes en attendant de se décomposer. Un pneu abandonné au soleil libère du méthane dans l’atmosphère, qui est un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO2. Les métaux lourds et les produits chimiques qu’ils contiennent se lessivent progressivement et contaminent les sols ainsi que les nappes phréatiques.

Simplement poser des pneus au sol pendant une période prolongée suffit à éradiquer les bactéries bénéfiques du sol, ce qui empêche les plantes de pousser correctement. Donc les bonnes idées Pinterest et Insta pour transformer les pneus usagers en jardinière vaut mieux oublier ça. Il y a également un autre problème majeur dont on ne parle pas assez. Les pneus abandonnés deviennent des centres de reproduction parfaits pour les moustiques car ils collectent l’eau de pluie et créent des petites mares stagnantes qui sont idéales pour leurs larves. Le résultat c’est une prolifération de maladies comme le virus du Nil occidental, la dengue, le paludisme et l’encéphalite.
En Europe, 95% des pneus en fin de vie sont collectés pour recyclage, ce qui semble encourageant sur le papier. Mais creusons un peu ce que « recyclage » veut vraiment dire. En réalité, 55% sont transformés en matière récupérable et 40% sont brûlés pour récupération d’énergie. Autrement dit, près de la moitié finissent quand même en combustible pour les cimenteries et autres industries polluante. Le reste est broyé en granulats de caoutchouc utilisés pour les terrains de sport synthétiques, les surfaces de jeux pour enfants ou mélangés à l’asphalte. Le problème c’est que ces usages ne font que disperser les particules toxiques ailleurs. Les terrains de sport en caoutchouc de pneus sont d’ailleurs de plus en plus controversés pour leurs risques sanitaires. Il y a aussi d’énormes disparités entre pays européens, certains atteignent 90% de recyclage quand d’autres plafonnent à 60%. Et puis certains pensent même à recycler les pneus en matériaux de construction. Ce qui pose d’autres problèmes que l’on va voir maintenant.
Utiliser des pneus en construction présente des risques toxiques
Les Earthships utilisent des pneus remplis de terre comme matériau de construction. Sur le papier, ça semble malin car on réutilise et on évite les décharges. Mais sur le terrain, c’est nettement plus compliqué que ça parce que les pneus ne perdent pas leur toxicité une fois enterrés dans un mur et continuent à dégager des substances toxiques dans l’air intérieur. Par exemple, le noir de carbone qui se dégage progressivement est classé comme cancérigène connu par le NIOSH. L’oxyde de zinc quant à lui peut être inhalé sous forme de particules et provoquer des frissons, de la fièvre, une oppression thoracique et de la toux.
Les spécialistes de la construction écologique et de la qualité de l’air intérieur sont formels : il ne faut pas utiliser de pneus pour la construction d’habitation. Pourquoi ? Parce qu’à la longue les dégagements gazeux traversent les couches de terre et les enduits censés les isoler. Ces substances volatiles ne restent pas sagement bloquées derrière ton mur, elles finissent par migrer progressivement à travers les matériaux poreux. Et ce dégagement va se poursuivre pendant des années. En outre, les revêtements de mur peuvent aussi se dégrader au fil du temps, laissant ainsi les particules de pneus s’échapper tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Résultat, ta maison soi-disant écologique contamine ton air intérieur et ton potager.
Et ce n’est pas juste théorique ou hypothétique. Parce que plusieurs personnes ont développé des allergies qu’elles n’avaient pas avant de vivre dans des Earthships. Certains ont déménagé et ont retrouvé la santé après un certain temps. Coïncidence ? Peut-être, ou peut-être pas. Mais certains pays ont carrément interdit l’utilisation de pneus dans les bâtiments. En Belgique par exemple, les constructeurs d’Earthships utilisent désormais des earthbags à la place des pneus usagés. Il s’agit de sacs que l’on remplit de terre. Mais attention ! Les sacs en polypropylène (plastique) ne sont guère mieux que les pneus sur le plan écologique. A coté de ça, les sacs en fibres naturelles comme le chanvre ou la toile de jute sont une excellente alternative. Mais leur mise en œuvre demande une technique particulière. On prépare d’ailleurs une fiche technique détaillée sur ce sujet pour la rubrique écoconstruction de NovaFuture.
Chez NovaFuture, notre position est claire et on applique le principe de précaution. Les pneus sont hautement toxiques, donc pourquoi prendre le moindre risque de contaminer ton habitat ? Surtout que c’est l’endroit où tu passes un tiers de ta vie et où tes enfants grandissent. Alors que des alternatives saines existent et qu’elles fonctionnent très bien. Donc utilise-les plutôt que de prendre des risques inutiles. Maintenant, avec tous ces dangers scientifiquement prouvés et largement documentés, que fait l’industrie du pneu ?
L’industrie du pneu échappe à toute régulation grâce aux lobbies
On arrive au cœur du scandale et à la vraie question qui fâche. Pourquoi rien ne bouge malgré toutes ces preuves accablantes ? La réponse est simple et elle tient en un mot : l’argent ! L’industrie mondiale du pneu pèse 180 milliards de dollars par an. Cent quatre-vingts milliards ! Pas la peine de préciser qu’avec ce genre de moyens financiers tu peux influencer énormément de décisions politiques et bloquer pas mal de réglementations gênantes.
Les fabricants de pneus ont intensifié leur lobbying auprès des législateurs de l’Union européenne qui envisagent des réglementations plus strictes sur l’usure des pneus. Mais pourquoi tant d’efforts pour bloquer ces réglementations ? Parce qu’elles pourraient leur coûter des milliards en coûts en re-conception de leurs produits. Leurs tactiques sont d’ailleurs assez créatives pour rester poli. Par exemple, le lobby européen des fabricants de pneus a commandé une étude qui conclut commodément que la plupart des particules de pneus ne finissent jamais dans les rivières et les océans. Ces gens sont vraiment nés avant que la honte existe !
Mais ça va encore plus loin ! Ils ont engagé un cabinet de consultants spécialisé dans la défense des entreprises face aux accusations d’exposition chimique. Deux anciens employés de ce cabinet ont déclaré sous couvert d’anonymat quelque chose de révélateur. Je cite : « Si nous trouvions quelque chose qui donnerait une mauvaise image de notre client, nous ne le publierions pas ». Tu as bien lu, des études bidonnées pour protéger les profits de l’industrie des pneumatiques.
Le résultat de tout ce lobbying ? Il n’existe aucune réglementation spécifique sur le taux d’usure des pneus et la supervision des produits chimiques utilisés dans leur production est extrêmement limitée. Aucune des réglementations existantes n’aborde directement la contribution des particules d’usure de pneus à la dégradation de l’environnement. Si on compare ça avec ce qui sort des pots d’échappement on peut se dire qu’il y a deux poids deux mesures. Parce que les émissions des tuyaux d’échappement ont été longuement étudiées et sont ultra-réglementées depuis des décennies. En revanche, les émissions des pneus et des freins sont beaucoup plus difficiles à mesurer et à contrôler, donc on les laisse échapper à toute régulation.
Pendant ce temps, 3 milliards de pneus neufs sont produits chaque année dans le monde et ce chiffre ne fait qu’augmenter. Mais quelques actions timides commencent à émerger ici et là. Comme par exemple avec le groupe de défense environnementale Earthjustice qui a déposé un avis d’intention de poursuivre les fabricants de pneus pour violation de la loi sur les espèces menacées en raison de l’utilisation du 6PPD. Il y a aussi une nouvelle loi californienne qui oblige désormais les fabricants de pneus à explorer des alternatives aux additifs nocifs comme le 6PPD. Mais à l’échelle mondiale, ou même fédérale ? Rien du tout.
Conclusion – Il est grand temps d’agir !
On ne dit pas qu’il faut revenir à la roue en bois. On n’est pas des débiles qui prônent le retour à l’âge de pierre et on sait très bien que les pneus sont nécessaires pour les moyens de transport. Ce que l’on dénonce simplement, c’est l’absence totale d’effort environnemental d’un secteur qui empoisonne la planète en toute impunité. Et aussi que le secteur du pneumatique n’est tenu à aucun contrôle sur la composition de ses produits alors que c’est un enjeu majeure pour la santé publique.
Alors si toi aussi tu penses que l’on ne peut plus laisser passer ça sous silence, n’hésite pas à partager massivement cet article autour de toi et fais-le tourner sur tous tes réseaux sociaux. Parce que plus on sera nombreux à en parler et à relayer l’information, plus il sera difficile pour l’industrie et les politiques d’ignorer le problème et de continuer à faire comme si de rien n’était. Le silence tue, alors soyons tous des médias à notre échelle.
Et pour finir, cette contribution a demandé beaucoup de temps pour son élaboration. Donc si elle a pu t’être utile merci de prendre quelques secondes pour soutenir le site en nous offrant un café. Et si tu souhaites réagir, tu es bienvenu.e sur l’espace commentaires ci-dessous. A bientôt pour de nouvelles aventures que l’on espère plus réjouissantes.
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