Pourquoi faut-il arrêter de seulement parler de l’affaire Epstein ?

Le problème de parler de l’affaire Epstein c’est que ça limite le scandale à l’affaire Epstein. Une affaire qui a donc un début et une fin. Et c’est précisément ce que recherche tous les privilégiés qui sont mouillés dans ce type de dossiers. Parce que oui, ce type d’affaire a existé bien avant Epstein. Mais surtout, cela continue actuellement et cela ne s’arrêtera jamais s’il on n’est pas capable de regarder la vérité en face et de mettre définitivement fin à ce type criminalité. Alors s’il te plaît, plutôt que de nous limiter au sommet de l’iceberg, il est plus juste de parler de l’affaire de l’exploitation sexuelles des pauvres par les riches.
Les réseaux sexuels et le chantage c’est une histoire aussi vieille que le pouvoir
Il y a des questions très importantes que tous les médias mainstream ont oublié de poser, volontairement ou pas ? Depuis quand les puissants utilisent-ils des personnes vulnérables comme source de plaisir, comme outil de chantage ou comme marqueur de leur impunité ? Depuis quand des réseaux organisés recrutent-ils des adolescentes issues de milieux précaires pour les livrer à des hommes qui gouvernent le monde ? Depuis quand la majorité de ces hommes dorment-ils tranquilles après leurs méfaits ? La réponse est simple et insupportable : Depuis toujours ! Voici donc un petit échantillon de quelques cas documentés dans l’histoire pour te donner une petite idée de l’étendue du problème.
Ce fut Solon lui-même, le grand législateur athénien du VIe siècle avant J-C, fondateur de la démocratie grecque et figure tutélaire de la civilisation occidentale, qui créa les premiers lupanars d’État. Il voyait ça comme une mesure de santé publique. Dans ces bordels, on trouvait les pornai qui étaient des esclaves prostituées souvent adolescentes. Elles étaient vendues par leurs familles ou capturées pour alimenter des réseaux dont les proxénètes et les politiques tiraient les ficelles. À Athènes, il exista pas moins de deux cents termes différents pour désigner les différentes catégories de travailleurs du sexe. Ce ne fut donc pas de la marginalité, mais carrément une industrie d’État. Dans les banquets du pouvoir, les courtisanes éduquées circulaient, écoutaient et rapportaient ce qu’elles entendaient. Les premiers scandales sexuels qui nous sont rapportés sont donc aussi vieux que la caste des politiciens.
Dans la Rome antique, c’est un cran au dessus. L’historien Suétone documenta comment l’Empereur Tibère, retiré sur l’île de Capri à partir de 27 après JC, organisa des abus sur des mineurs dans ses villas privées via un réseau de recruteurs. Une île inaccessible, hors de portée de toute loi et ouverte seulement aux invités du maître. Les adversaires politiques y furent compromis puis tenus de faire ce que l’on leur disait sous peine que leur perversité soit révélée au peuple. 2000 ans en arrière, on est exactement dans le même schéma de manipulation que celui d’Epstein. C’est exactement la même technique qui est à l’œuvre à tous les niveaux.
Le pape Jean XII, qui régna au Xe siècle, fut accusé en son temps d’avoir transformé le palais papal en lieu d’exploitation d’enfants. Après lui, Benoît IX fut élu pape en 1032. Il avait vingt ans. Ce qu’il fit ensuite au palais du Latran fut rapporté par ses contemporains qui le décrivirent comme “un démon sorti de l’enfer déguisé en prêtre”. Son principal méfait fut le viol de garçons mineurs à grande échelle. Mais ces deux papes ne furent pas des anomalies. Ils ne furent que le produit visible d’un système millénaire. D’ailleurs, l’historienne américaine Dyan Elliott documenta ce phénomène dans The Corrupter of Boys en 2021. Dans son livre, elle explique comment de jeunes garçons furent violés par des clercs pendant des siècles. Chaque fois, la hiérarchie étouffait les affaires. Chaque fois, les victimes étaient condamnées à se taire. Et la règle fut constante : Un clerc n’était poursuivi que si le scandale était trop gros pour être étouffé. L’Église fut donc, pendant mille ans, le plus grand réseau de protection de prédateurs pédophiles de l’histoire occidentale.
Alexandre VI, pape de 1492 à 1503, fit des Borgia la famille la plus redoutée d’Europe. Ce que l’on retient habituellement de son règne ce sont les empoisonnements, les meurtres politiques et les orgies au Vatican. Mais tout ceci masque l’essentiel ! Alexandre VI utilisa sa propre fille, Lucrèce Borgia, dès l’enfance comme un outil d’alliance matrimoniale. Elle fut fiancée une première fois à neuf ans. Mariée une première fois à treize ans. Puis répudiée, remariée, répudiée encore, selon les besoins politiques de son père. Elle ne fut jamais une personne. Elle fut juste une monnaie d’échange. De son côté, son frère César Borgia recruta pour son père de jeunes femmes issues de familles sans ressources qui furent présentées lors du tristement célèbre Banquet des Châtaignes en 1501, où des adolescentes furent contraintes de se prostituer pour les bons plaisirs de la cour pontificale. Les participants furent ensuite tenus par ce qu’ils avaient vu et fait. Le kompromat ne s’appelait pas encore kompromat mais le principe était identique.
À la fin du XIXe siècle, un commerce florissant s’organisa à travers toute l’Europe et les États-Unis. On l’appela la Traite des Blanches. Des adolescentes issues de milieux pauvres furent recrutées par des réseaux organisés avec la promesse d’un emploi de domestique ou de couturière. Elles étaient livrées ensuite à des bordels de luxe fréquentés par l’aristocratie et les hommes politiques. En 1885, le journaliste britannique William Thomas Stead publia dans la Pall Mall Gazette une enquête explosive intitulée The Maiden Tribute of Modern Babylon. Il y documenta comment des fillettes de treize ans furent achetées pour quelques livres sterling et livrées à des clients fortunés. L’enquête provoqua un scandale national et força le Parlement britannique à relever l’âge du consentement de treize à seize ans. Mais tout ce que l’enquête n’arriva pas établir publiquement, les services de renseignement britanniques le savaient parfaitement. A savoir que des membres du Parlement figuraient parmi les clients réguliers de ces réseaux. Et comme par hasard, personne ne fut jamais inquiété pour ça.
En 1963, le Royaume-Uni fut secoué par le scandale Profumo. John Profumo était ministre de la Guerre du gouvernement Macmillan. Il entretenait une liaison avec Christine Keeler, une jeune femme de dix-neuf ans. Keeler avait été recrutée par Stephen Ward, un ostéopathe mondain spécialisé dans la fourniture de jeunes femmes précaires aux cercles du pouvoir britannique. Ward organisait des soirées où des adolescentes et de très jeunes femmes sans ressources étaient mises à disposition de ministres, d’aristocrates et de diplomates. Parmi les habitués figurait Yevgeny Ivanov qui était attaché militaire soviétique. Les services britanniques le savaient. Et une fois de plus ils laissèrent faire ! Quand le scandale éclata, Profumo démissionna et Ward fut poursuivi seul. Mais par un malencontreux hasard, il mourut d’une overdose de barbituriques la nuit avant le verdict de son procès. A côté de ça, les jeunes femmes qu’il avait exploitées ne furent jamais indemnisées. Et cela va sans dire, les clients haut placés ne furent jamais inquiétés. Le schéma était déjà parfaitement rodé : Les intermédiaires tombent, les puissants restent impunis.
Dans les années 1960 et 1970, une femme nommée Fernande Grudet dirigea depuis Paris le réseau de prostitution de luxe le plus influent du monde occidental. Elle était connue sous le nom de Madame Claude. Elle recrutait des jeunes femmes issues de milieux modestes, souvent mineures au moment du premier contact. Elle les formait et les prostituait auprès d’hommes d’État, de chefs d’entreprise et de têtes couronnées. Ses filles circulaient de Paris à New York, de Téhéran à Riyad… Mais ce que ses clients ignoraient, ou feignaient d’ignorer, c’est que Madame Claude travaillait pour le service de renseignement extérieur français. Chaque rencontre était donc documentée. Chaque confidence recueillie. Chaque déviance enregistrée. Et les informations collectées remontaient directement à l’État français. De ce fait, ses clients devenaient automatiquement des cibles potentielles de chantage. Madame Claude fut protégée pendant des décennies. Jusqu’aux années 70 où elle fut finalement poursuivie pour fraude fiscale. Mais elle s’exila à Los Angeles et elle ne fut jamais jugée pour l’essentiel. Elle mourut en 2015. Ses archives n’ont jamais été rendues publiques. Va savoir pourquoi ?
Jimmy Savile fut pendant cinquante ans l’une des personnalités les plus populaires du Royaume-Uni. Il était animateur de télévision et présentateur de l’émission Top of the Pops sur la BBC. Il était un ami personnel de la famille royale et de Margaret Thatcher. Tout au long de sa carrière Il a collecté les honneurs au plus haut niveau. Jusqu’à sa mort en 2011 où il fut célébré et décoré pour cette occasion. Mais un an après, la triste vérité éclata. Une enquête officielle révéla qu’il avait violé et agressé sexuellement plus de 450 victimes sur une période de six décennies. La majorité étaient des enfants et des adolescents. Il opérait dans les hôpitaux psychiatriques où il avait obtenu un accès illimité, dans les internats, dans les studios de la BBC et jusque dans les couloirs du Parlement britannique. Des dizaines de personnes savaient. La BBC savait. Les hôpitaux savaient. La police avait reçu des plaintes. Et personne n’a parlé ! Savile ne fut jamais inquiété de son vivant. Après sa mort, aucun de ses complices ou protecteurs ne fut jamais poursuivi. Il emporta donc ses secrets dans sa tombe et l’institution britannique poussa un soupir de soulagement.
Le scandale de Westminster ne fut pas celui d’un homme seul. Ce fut celui d’une institution entière. Entre les années 1970 et les années 1990, des membres du Parlement britannique abusèrent sexuellement d’enfants et d’adolescents. Certains opéraient dans des foyers pour enfants au pays de Galles, notamment le foyer Bryn Estyn, où des garçons placés par l’État furent livrés à des réseaux de prédateurs ayant des connexions directes avec Westminster. Des enquêtes furent ouvertes. Des témoins se manifestèrent. Mais les dossiers disparurent… En 2014, le gouvernement britannique admit que plus de 100 documents sensibles liés à ces affaires avaient été perdus ou détruits. Un rapport officiel publié en 2020 conclut que des personnalités politiques haut placées avaient bien été protégées de poursuites pendant des décennies. Aucun nom ne fut jamais rendu public. Aucune poursuite ne fut engagée. Les victimes, elles, avaient grandi dans des foyers d’État. Elles n’avaient personne pour les défendre. Elles n’eurent donc droit à aucun dédommagement, ni à un accès à la justice par manque de moyens.
En 1996, la Belgique fut ébranlée par une affaire qui allait devenir le symbole européen de l’impunité des réseaux pédophiles. Marc Dutroux était un électricien au chômage. Il enleva, séquestra, viola et tua des fillettes entre 1995 et 1996. Deux d’entre elles moururent de faim dans sa cave pendant qu’il était en prison pour une autre affaire. Ce qui transforma ce fait divers sordide en scandale d’État ce fut ce que les enquêteurs découvrirent ensuite. Dutroux n’opérait pas seul ! Il faisait partie d’un réseau. Des témoins évoquèrent des soirées organisées dans des villas privées où des enfants furent livrés à des hommes fortunés et influents. Mais des policiers sabotèrent activement l’enquête. Des magistrats furent dessaisis. Des preuves disparurent. Un juge d’instruction trop zélé fut démis de ses fonctions. La Belgique entière descendit dans la rue en 1996 lors de la Marche Blanche où 300000 personnes exigèrent la vérité. Dutroux fut finalement condamné en 2004. Mais les commanditaires présumés du réseau ne furent jamais identifiés officiellement. Les dossiers les concernant restent classifiés. C’est juste une honte pour la justice belge !
En 2011, une enquête judiciaire française révéla l’existence d’un réseau de proxénétisme organisé autour de l’hôtel Carlton de Lille. Des jeunes femmes et des mineures furent recrutées pour participer à des soirées privées. Parmi les clients identifiés figuraient Dominique Strauss-Kahn, alors directeur général du Fonds Monétaire International, ainsi que des commissaires de police, des avocats et des hommes d’affaires. DSK fut mis en examen pour proxénétisme aggravé. L’affaire fit le tour du monde. Ce qui fit moins le tour du monde ce fut la suite. DSK fut finalement relaxé en 2015 ! Ses défenseurs plaidèrent qu’il ignorait que certaines des femmes présentes étaient des prostituées. La question des mineures impliquées fut aussi rapidement enterrée. Les organisateurs du réseau écopèrent quant à eux de peines très légères. L’affaire Carlton illustre une règle constante : Plus le client est puissant, moins il est inquiété.
Sean Combs, connu sous le nom de Diddy, fut pendant vingt ans l’une des figures les plus puissantes de l’industrie musicale américaine. Il dirigeait Bad Boy Records et organisait les soirées les plus courues de New York et de Los Angeles. Ce qui lui permettait de fréquenter des politiciens haut placés et des milliardaires. Mais en 2024, le FBI perquisitionna ses propriétés de Los Angeles et de Miami. Ce que les agents découvrirent fut documenté dans les actes d’accusation. Il y avait des dizaines de victimes, dont des mineures parmi elles, qui étaient payées pour participer à des soirées organisées appelées “Freak Offs” où des participants furent filmés à leur insu. Des centaines de bandes vidéo furent saisies. Diddy fut arrêté en septembre 2024 et inculpé pour trafic sexuel, racket et extorsion. Les actes d’accusation évoquèrent explicitement l’utilisation de ces enregistrements comme outil de chantage sur des personnalités publiques. Plus de 120 plaignants déposèrent des plaintes civiles. Parmi les noms cités dans les procédures figuraient des politiciens, des artistes et des hommes d’affaires. Leurs noms restent pour la plupart sous scellés. L’affaire est toujours en cours. En voie d’extinction. Noyée dans le flux quotidien d’informations qui nous sature la mémoire.
Tibère à Capri. Les papes au palais du Latran. Les Borgia au Vatican. Ward à Londres. Madame Claude à Paris. Dutroux en Belgique. Epstein à New York et dans les Caraïbes. Diddy à Los Angeles. Les noms changent. Les siècles changent. Le schéma, lui, ne change pas. Des mineurs recrutés dans la précarité. Des puissants protégés par leurs réseaux. Des intermédiaires sacrifiés quand le scandale déborde. Des archives qui disparaissent. Des victimes qui se taisent. Et des hommes puissants qui dorment tranquilles le lendemain. Epstein n’a rien inventé. Il a juste industrialisé et modernisé certaines méthodes. Et comme par hasard, il mourut en prison avant son procès. Comme Ward mourut la nuit avant son verdict. Il faut croire que la mort arrange toujours le mêmes type de personnes.
Pourquoi les puissants franchissent toutes les limites ?
Le pouvoir ne corrompt pas instantanément. Il le fait progressivement. Et pour beaucoup, le processus commence bien avant d’accéder au pouvoir. Dans les familles privilégiées, dans les internats d’élite, dans les grandes écoles et les universités de prestige, une certitude est transmise dès l’enfance. Les règles sont pour les classes inférieures ! L’ascenseur social est cassé depuis longtemps. Ceux qui naissent avec un statut de privilégié savent qu’ils le garderont. C’est cette certitude précoce qui est le terreau de tout le reste.
Le premier mécanisme c’est la sycophantie. Un homme puissant est rarement contredit. Ses collaborateurs acquiescent. Ses associés le flattent. Ses subordonnés exécutent. Petit à petit, la réalité se déforme. Ce qui serait immoral pour un citoyen ordinaire devient une prérogative normale pour celui qui gouverne, qui décide et qui possède.
Le deuxième mécanisme c’est l’escalade. L’argent ne suffit plus. Le pouvoir ne suffit plus. Les privilèges légaux s’épuisent. La transgression devient donc le seul territoire encore inexploré. Elle devient aussi un marqueur de domination ultime, la preuve que les règles qui s’appliquent aux autres ne s’appliquent pas à soi.
Le troisième mécanisme c’est le cercle des complices. Un homme seul hésite. Mais entouré de pairs qui font la même chose, ses déviances se normalisent. Ce qui serait impensable en solitaire devient banal entre égaux. Chaque participant devient complice. Chaque complice devient garant du silence. C’est ce cercle qui explique pourquoi ces réseaux durent des décennies sans que personne ne parle. Ce n’est pas une question de loyauté, mais de survie.
Le quatrième mécanisme est l’intermédiaire. Un Epstein, un Stephen Ward, une Madame Claude… Quelqu’un qui possède les codes de la haute société se charge du recrutement et de l’organisation. Il a juste à présenter ça comme un service entre gens du même monde. L’intermédiaire facilite donc grandement le seuil de passage à l’acte parce qu’il transforme une transgression en prestation haut de gamme. De ce fait, il dépersonnalise totalement les victimes. Ce n’est plus un enfant ou une adolescente, c’est un service comme un jet privé ou une table dans un luxueux restaurant fermé au public. Et surtout, cela permet de constituer automatiquement un dossier sur chaque client. Pas forcément par stratégie consciente au départ, mais parce que c’est une forme de protection pour l’intermédiaire et son réseau. Epstein filmait tout. Madame Claude rapportait tout. Ward transmettait tout. L’organisateur n’est jamais seulement un proxénète. Il est la clé de voûte d’un système.
Les puissants sont statistiquement des psychopathes
Ce n’est pas une métaphore. Ce n’est pas une figure de style. Les études cliniques le confirment. Par exemple, le psychologue Robert Hare, qui développa l’échelle de mesure de la psychopathie la plus utilisée au monde, estima que les psychopathes sont quatre fois plus nombreux dans les postes de direction que dans la population générale. Le psychologue Kevin Dutton d’Oxford établit quant à lui un classement des professions comptant le plus de psychopathes. Sans surprise, les PDG arrivent en tête. Les politiciens suivent. Une étude de l’Université de San Diego estima que 12% des dirigeants d’entreprise présentent des traits psychopathiques cliniquement significatifs. Et ce n’est pas un accident ! Cela provient tout simplement du fait que le système néolibéral sélectionne activement ces traits parce que l’absence d’empathie serait censé selon eux être un avantage compétitif. De son coté, l’absence de remords accélère la prise de décision. Quant à la capacité à manipuler sans culpabilité, elle ouvre des portes. Donc, ce que nous appelons “leadership” ressemble cliniquement à de la psychopathie fonctionnelle. Et forcément, un psychopathe au pouvoir ne perçoit pas la souffrance de ses victimes. Pour lui, elle n’existe tout simplement pas dans son champ de réalité. C’est ce schéma qui explique tout le reste.
Pourquoi les prédateurs puissants ciblent les mineurs et les personnes vulnérables ?
La question paraît simple. La réponse l’est aussi. Un adulte peut dire non. Un adulte peut témoigner. Un adulte peut poursuivre en justice. Un mineur issu d’un milieu très précaire ne dispose d’aucune de ces ressources. Il n’a pas d’argent pour un avocat. Il n’a pas de réseau pour se faire entendre. Il n’a souvent pas de famille pour le croire et le défendre. Et pour couronner le tout, il porte en plus le poids de la honte. Dans notre système actuel, dénoncer un homme puissant cela génère la peur de se désigner soi-même comme coupable.
La pression sociale, familiale et économique pousse au silence. Le prédateur le sait ! Il choisit donc ses victimes en connaissance de cause parce qu’un enfant ou un adolescent c’est le candidat idéal pour quelqu’un qui veut un contrôle total et zéro risque de représailles. Les études cliniques sur les abuseurs sexuels de mineurs révèlent autre chose. Environ 50% des prédateurs en position de pouvoir présentent une incapacité aux relations saines entre adultes. Ce qui fait que derrière la façade du pouvoir se cache une inadéquation profonde. Un narcissisme qui masque une insécurité abyssale. Une immaturité émotionnelle qui les rend incapables de supporter l’égalité inhérente à toute vraie relation adulte. Parce qu’un adulte peut résister, contredire et exiger. Tandis qu’un enfant vulnérable, lui, ne peut que subir. Et c’est précisément ce que ces hommes cherchent par dessus tout. Pas du désir. Mais du contrôle total qui leur procure un plaisir physique et psychique par l’intermédiaire du sentiment de domination.
Pourquoi ces hommes ont-ils peur des femmes ?
Il y a une vérité que les médias mainstream aux ordres de leurs maîtres ne formulent jamais parce qu’elle est trop humiliante pour les concernés. Ces hommes paient pour avoir des relations sexuelles parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Regardons les choses en face… Tu as vu la tête de Trump ? La tête du prince Andrew ? La tête de Musk ? Ce ne sont pas des hommes avec lesquels une femme libre et brillante d’esprit choisirait de passer une soirée. Pour la raison principale qu’ils ne sont pas sympas pour cause d’ego surdimensionné. Au final, ils sont juste riches et puissants. Et tous leurs travers placés bout à bout sont un véritable repoussoir face à une personne sensée. En revanche, un homme normal avec la tête bien faite et une véritable empathie n’a aucun problème pour séduire sans avoir recours à la domination.
En matière de séduction, tous ces puissants qui se pensent irrésistibles se sont pris des gros râteaux qu’ils n’ont jamais digérés. Et à la longue, la frustration qui s’installe entraîne un besoin de vengeance. Tu as l’argent, tu as la célébrité, tu as le pouvoir. Et malgré tout ça, les femmes que tu désires réellement ne veulent pas de toi. Cette humiliation-là est insupportable pour un narcissique. Alors ils achètent des relations parce que malheureusement l’argent peut le permettre. Et dans ces milieux, on n’appelle pas ça de la prostitution. On dit call-girl. On dit escort boy. Ça fait mieux. Ça leur permet de se regarder dans la glace avec l’illusion que rien ne peut leur résister.
Prenons un exemple pour le fun : Tu es une femme et un homme t’aborde dans un bar. Dès que les présentations sont terminées, il ne parle que de lui. Pour t’expliquer, entre autres délires mégalomaniaques, qu’il veut creuser un tunnel entre l’Amérique et l’Europe et établir une base sur Mars pour y fonder ce qui ressemble furieusement à un quatrième Reich dont il serait le leader suprême. Instinctivement tu sais que tu as affaire à un gros psychopathe et que tu dois fuir. J’ai oublié le nom de ce sale type, mais il me semble que c’est un gars qui possède une fortune d’un niveau tout à fait obscène qui a supplié Epstein de l’inviter sur son île. D’un autre côté, simple parenthèse : Trump n’avait absolument pas besoin d’Epstein pour révéler sa perversité. Les recours à la prostitution et une condamnation pour viol suffisent largement à le prouver.
Et voilà le mécanisme que le patriarcat entretient depuis des millénaires. Derrière la domination, derrière les réseaux, derrière les îles privées et les palais pontificaux, derrière les escorts et les mineures recrutées dans la précarité, il y a une peur. Une peur viscérale. La peur des femmes libres ! Contrairement aux idées reçues, le patriarcat n’est donc pas un système de domination construit par des hommes forts. C’est juste un système de protection construit par des hommes qui ont peur. Peur d’être rejetés. Peur d’être jugés. Peur d’être égaux. Peur d’être dévalué. Qu’ils soient milliardaires, politiciens, stars du show-business ou dignitaires religieux, les prédateurs c’est toujours les mêmes lâches. Ceux qui n’ont pas pu séduire par leurs qualités humaines. Ceux qui ont décidé un jour qu’il était plus simple d’acheter ou de contraindre. Pour eux, le patriarcat c’est une assurance collective contre cette ignoble vérité qu’ils sont incapables de regarder en face.
Il nous faut un autre modèle de société pour sortir des relations basées sur la domination
Franchement, on ne peut plus continuer comme ça ! Ce n’est pas possible ! On est au 21ème siècle et au bout d’un moment il faut arrêter de reproduire les mêmes schémas destructeurs. Déjà, après tout ce qui est présenté dans cet article, j’espère que tu as bien compris que l’affaire Epstein n’est que le sommet de l’iceberg. Parce que si l’on prend par exemple le pourcentage des plaintes déposées pour viol, il est très inférieur à 10% en moyenne mondiale. Ce à quoi il faut ajouter une très large majorité de plaintes qui sont traitées sans suite. Mais si ça touche les puissants qui ont les moyens de faire pression pour étouffer les affaires, là c’est encore beaucoup moins. Sans oublier tous les cas de domination qui sont consentis uniquement par nécessité financière ou par aveuglement par rapport à la notoriété. Par rapport à ces estimations qui donnent le vertige, rien ne changera tant que l’on ne sera pas capable collectivement de sortir du modèle de société actuel qui est basé à 100% sur la domination et le patriarcat. Sinon, ça va continuer encore et encore… Et à peine un Epstein est tombé qu’un autre a déjà pris sa place. A plus ou moins grande échelle, dans toutes les parties du monde.
Alors pour en sortir la solution est très simple. Elle s’appelle l’anarchisme. Parce que pour tout anarchiste qui se respecte, globalement, tout pouvoir est abus de pouvoir. Et c’est là que l’on va peut-être arriver au moment où tu vas me dire : “Oui c’est beau sur le papier mais dans la vraie vie cela ne peut pas fonctionner !” Si tu penses comme ça, c’est que tu as été conditionné pour croire que rien dans ce monde ne peut fonctionner sans chef. Alors que rien n’est plus faux. Il est donc temps de changer de logiciel.
Prenons l’exemple de Linux. Au départ on a Linus Torvalds qui lance son célèbre appel à rejoindre son projet. Des années plus tard, Linux est une énorme réussite mondiale ! Pourtant, tout s’est fait dans l’autogestion la plus totale. Encore aujourd’hui tu peux participer à Linux de la façon qui te semble la plus appropriée sans avoir besoin de passer par des chefs ou des autorisations. Et notre brave Linus dans tout ça ? Est-ce qu’il est dans les Epstein files ? Spoiler : non ! Les files où il apparaît c’est des commentaires dans le kernel 🙂 Est-ce que c’est une star ? Non, c’est juste un gars que l’on respecte pour son travail et son niveau d’expertise. Bref, c’est ce que l’on appelle dans l’anarchisme moderne un leader naturel. Très logiquement par opposition au leader autoproclamé qui te dirige uniquement parce qu’il possède l’argent et les outils de production.
Bien sûr, tu pourras me dire que l’autogestion ça fonctionne pour le logiciel libre mais pas pour d’autres projets. Là encore, rien n’est plus faux. Parce que l’autogestion cela fonctionne parfaitement à l’unique condition que le projet soit solide et bénéfique.
A côté de ça, étant donné que le capitalisme regorge de projets de merde… Forcément, il n’y a que l’esclavage du salariat pour arriver à les faire fonctionner. Mais on aura l’occasion de revenir sur le fonctionnement de l’autogestion dans un prochain article. En attendant, tu peux toujours lire notre article sur le fonctionnement des coopératives.
Conclusion : L’action est l’antidote du désespoir
Pour conclure, se limiter à s’indigner à propos des agissements des puissants cela ne va absolument rien changer. Alors si tu veux vraiment que ça change, commence par faire circuler l’information. Tu as déjà lu jusqu’ici et on est très content que tu sois là. C’est une première étape. Mais ce n’est pas suffisant. Maintenant, il faut au minimum que tu prennes quelques secondes pour partager largement cet article. Tu peux aussi l’imprimer, le republier… Et même t’emparer de ce sujet pour en faire un podcast, une vidéo ou que sais-je encore. L’important, c’est juste que les idées circulent. Parce que c’est l’unique façon de sortir de cette très vieille histoire de l’exploitation des êtres humains par une minorité d’humains qui pense avoir tous les droits. Personnellement, ce n’est pas le monde que je veux pour moi et encore moins pour mes enfants ! Et je suppose que toi non plus. Donc, prends conscience de tout ce que tu peux faire à ton échelle pour participer à changer les mentalités. Parce que si tu ne le fais pas, ce n’est pas les médias qui vont le faire. En conclusion, il n’y a pas de petits gestes. Il n’y a que ce que tu fais ou pas pour qu’un autre monde soit possible. Et pour finir, au plaisir de te lire ici ou sur nos réseaux. A très bientôt pour de nouvelles aventures.
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