Philogynisme : définition, origine et comment les faux masculinistes détournent ce mot

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Personnes marchant devant des murs tagués urbains.

Dans notre précédent article sur le vrai mouvement masculiniste, on concluait par cette évidence : les mots ont un pouvoir. Et c’est précisément parce que les faux masculinistes l’ont compris qu’ils s’attaquent désormais au vocabulaire lui-même. Après avoir tenté de salir le terme « masculinisme », les voilà qui s’emparent d’un mot grec signifiant littéralement « amour des femmes » pour faire exactement l’inverse.

Bienvenue dans le monde orwellien des faux « philogynes », où ceux qui harcèlent les femmes dans la rue prétendent les aimer. Et ce n’est malheureusement pas un cas isolé parce que de la France à l’Allemagne, en passant par les États-Unis et l’Espagne, la manosphère mondiale apprend à se camoufler derrière des mots rassurants. Alors pour essayer d’y voir plus clair, voici le décryptage d’une stratégie de manipulation sémantique qui devrait tous nous alerter.

Philogynisme : Vraie définition & Étymologie

Le mot philogynie vient du grec ancien philos (ami, qui aime) et gunē (femme). Littéralement, cela signifie l’amour, l’admiration et le respect des femmes. Bref, c’est l’exact opposé de la misogynie. Le terme existe depuis le XVIIe siècle et la première trace écrite remonte à 1651 selon l’Oxford English Dictionary. À l’origine, un philogyne est donc simplement quelqu’un qui apprécie les femmes pour leurs intelligence et leur humanité. Et il faut bien noter qu’il n’y a rien de sexuel là-dedans, ni rien de prédateur. Uniquement du respect. Cicéron évoquait déjà ce concept dans la philosophie grecque, où aimer excessivement les femmes était d’ailleurs considéré comme une forme de déséquilibre, au même titre que les détester.

En espagnol, le terme « filógino » existe aussi et garde son sens académique intact. On le retrouve dans les études littéraires sur la Renaissance et le Moyen Âge, notamment pour décrire le mouvement de l’amour courtois qui plaçait la femme sur un piédestal. En allemand et en anglais, « Philogynie » et « philogyny » désignent une disposition favorable envers les femmes. Philogynie est donc un très joli mot. Un mot utile. Un mot qui aurait pu servir de contre-pied au discours ambiant sur la « guerre des sexes ». Sauf qu’en France, un groupe de faux masculinistes a décidé de le détourner pour en faire exactement l’inverse.

Le détournement français avec des prédateurs qui se font passer pour des « amoureux »

En France, un groupe de dragueurs de rue qui ne craint pas la honte s’est approprié le terme philogynie pour masquer des pratiques qui relèvent purement et simplement du harcèlement. Leur activité favorite, qu’ils appellent « badinage », consiste à accoster le maximum de femmes possible en un temps record. Les adeptes de cette mouvance considèrent les femmes comme des trophées à collectionner. Après leurs « sessions », ils se retrouvent sur des forums pour comparer leurs statistiques, telles que le nombre de rejets, le nombre de numéros récoltés et qui a le plus de « conquêtes ». On est donc à l’opposé de l’amour et du respect que le terme philogynie est censé représenter.

Et bien sûr, tout cela est chapeauté par des gourous qui monétisent la misère affective de leurs adeptes. Ces « coachs en séduction » vendent des formations où le consentement est tout à fait optionnel. Dans leurs conseils, on retrouve des aberrations du genre « pour garder une femme près de toi, il faut aller voir ailleurs » ou encore des techniques pour contourner les refus. Le tout habillé d’un vernis pseudo-psychologique pour faire sérieux et justifier des tarifs exorbitants.

Nous avons fait le choix délibéré de ne pas citer nommément ces individus ni leurs organisations. Parce que contrairement à certains médias mainstream qui leur offrent une publicité gratuite en les présentant comme un phénomène de société fascinant, nous refusons de leur servir la soupe. Ces gens ne méritent pas qu’on augmente leur référencement ni qu’on alimente leur notoriété. Ce qu’ils méritent, c’est d’être exposés pour ce qu’ils sont : Des harceleurs qui ont détourné un joli mot pour tenter de masquer des comportements qui sont inacceptables et bien souvent en dehors du cadre de la légalité. Car, il le faut le rappeler, le harcèlement est un délit.

Une stratégie de camouflage qui s’exporte

Le cas français n’est malheureusement pas isolé. Partout dans le monde, la manosphère essaye de se rendre présentable en adoptant des termes rassurants qui masquent ses idéologies toxiques. Parce que même si le mot « philogyne » n’a pas encore traversé les frontières, les mêmes mécanismes de manipulation sémantique sont déjà à l’œuvre ailleurs.

Au Canada, les chercheurs qui étudient les mouvements antiféministes ont identifié cette tactique depuis plusieurs années. Dans leurs travaux, ils décrivent comment les groupes masculinistes adoptent régulièrement une posture « philogyniste », voire pseudo-féministe, pour avancer masqués. Le camouflage en dévoyant le vocabulaire est donc reconnu comme une stratégie délibérée, même si aucun groupe ne s’est encore officiellement emparé du terme comme en France. Le terrain est donc préparé et ce n’est probablement qu’une question de temps avant que le phénomène ne se structure davantage.

En Allemagne, la stratégie porte un nom : « Mimikry ». Ce qui veut dire le mimétisme. Dans ce pays, les organisations masculinistes se donnent des appellations volontairement trompeuses comme « Forum Soziale Inklusion » (Forum pour l’inclusion sociale) ou « Arbeitsgemeinschaft zur Verwirklichung der Geschlechterdemokratie » (Groupe de travail pour la réalisation de la démocratie des genres). Ces noms sonnent progressistes, inclusifs, voire presque féministes. Mais derrière la façade, on retrouve les mêmes discours antiféministes et les mêmes revendications réactionnaires. La fondation Heinrich Böll a d’ailleurs publié une analyse détaillée de ce phénomène qui alerte sur la difficulté pour le grand public, et même pour les institutions, de distinguer ces groupes des véritables organisations promouvant l’égalité.

Aux États-Unis, le rebranding est plus commercial. Les « pickup artists » d’hier se font désormais appeler « dating coaches » et vendent du « self-improvement ». Le terme « high value man » a remplacé l’image trop connotée du « macho alpha » pour désigner le même idéal masculiniste. Le vocabulaire du développement personnel sert de cheval de Troie pour faire passer des concepts misogynes sous couvert d’épanouissement individuel.

En Espagne, on observe la même dynamique avec des termes comme « hombre centrado » (homme centré) ou « masculinidad positiva » (masculinité positive). Des coaches vendent des formations sur le « desarrollo masculino » (développement masculin) en utilisant le jargon de la psychologie populaire. Mais quand on gratte le vernis, on retrouve les mêmes références à la « píldora roja », le même discours victimaire sur les hommes opprimés par le féminisme, et les mêmes techniques de manipulation relationnelle. Alors certes, le terme « filógino » existe toujours dans son sens académique original, mais pour combien de temps encore ?

Pourquoi les faux masculinistes se cachent-ils ?

La question mérite d’être posée. Si ces individus étaient si fiers de leurs convictions, pourquoi ressentiraient-ils le besoin de se camoufler derrière des mots positifs ? Pourquoi un harceleur de rue se ferait-il appeler « celui qui aime les femmes » ? Pourquoi un groupe antiféministe allemand choisirait-il de s’appeler « Forum pour l’inclusion sociale » ? Pourquoi un coach en manipulation se présenterait-il comme un spécialiste du « développement personnel » ?

La réponse est simple : C’est parce qu’ils savent très bien que leurs concepts pourris sont invendables tels quels. Parce que s’ils se présentaient honnêtement, en disant par exemple « nous apprenons aux hommes à harceler les femmes dans la rue » ou « nous pensons que le féminisme est un complot contre les hommes », ils seraient immédiatement rejetés par une très grande partie de la population. Alors ils trichent. Ils emballent leur misogynie dans des mots qu’ils ont vidés de leur sens en espérant que personne n’ira chercher plus loin.

Cela peut paraître très désespérant à première vue, mais c’est précisément sur ce point que réside une très bonne nouvelle. Tout simplement parce que ce camouflage systématique est le signe évident qu’ils sont en train de perdre la bataille sur le plan culturel. Voici un exemple pour que ce soit très clair : Il y a vingt ans, un « macho alpha » pouvait s’afficher comme tel sans vergogne. Mais aujourd’hui, même les plus toxiques d’entre eux ressentent le besoin de se déguiser en agneaux. Ce qui signifie que la lumière les fait fuir comme des cafards.

Cela ne veut pas dire pour autant que le combat est gagné. Parce que ces stratégies de camouflage fonctionnent hélas encore trop souvent. En majeure partie à cause des médias mainstream qui tombent plus ou moins volontairement dans le panneau en leur offrant une tribune. A cause aussi de certaines institutions qui financent parfois des organisations aux noms trompeurs sans vérifier ce qui se cache derrière. La vigilance reste donc absolument nécessaire pour éviter que de jeunes hommes en mal de repères se fassent happer par des discours qui peuvent sembler cohérents en surface.

Chez NovaFuture on ne laisse jamais les mots être détournés de leur sens

Je suis écrivain. J’aime les mots, leur précision, leur histoire et leur pouvoir. Je suis donc parfaitement conscient du fait que lorsque l’on laisse dénaturer le vocabulaire, on perd bien plus qu’une bataille sémantique. Parce qu’en réalité on cède du terrain à ceux qui veulent manipuler le récit. D’ailleurs, Orwell avait parfaitement compris que le fascisme ne commence pas par la force brute mais par la corruption du langage. Par exemple, quand « guerre » devient « opération spéciale », quand « torture » devient « interrogatoire renforcé », quand « amour des femmes » devient « harcèlement de rue », au final c’est la pensée rationnelle que l’on assassine.

Donc, ne nous y trompons pas. Ce que nous observons avec le détournement du mot philogynisme s’inscrit dans un mouvement bien plus large. Et surtout très dangereux au moment où nous vivons une époque dans laquelle certains tentent de réhabiliter les pires figures de l’histoire. Pour preuve, on voit refleurir des discours qui essaient de nous faire croire que l’on n’a rien compris au « génie » de Hitler, de Staline, de Mussolini ou de Franco. Pour preuve encore, on assiste à des tentatives grotesques de transformer des propagandistes réactionnaires comme Charlie Kirk en icônes progressistes. Décidément, l’histoire n’a pas servi de leçon à grande échelle et les mêmes mécanismes de falsification sont à l’œuvre, génération après génération.

Alors voilà notre position, et elle est non négociable ! Chez NovaFuture, dénaturer des mots pour leur faire dire l’inverse de leur signification, travestir l’histoire pour adoucir le fascisme, voler un terme magnifique pour couvrir des pratiques dégueulasses… on prend ça pour une véritable déclaration de guerre. Et de ce fait, le message que l’on adresse à tous ces faux masculinistes qui se cachent derrière des mots volés est le suivant : Trouvez-vous d’autres appellations qui soient appropriées à votre état de déchéance mentale. Par exemple : « Arriéré volontaire », « harceleur assumé » ou « misogyne honteux » seraient des étiquettes bien plus honnêtes. Parce qu’au bout d’un moment, il faut que les manipulateurs de tout poil comprennent clairement qu’ils doivent laisser les beaux mots aux personnes qui les méritent. Quant à tous ceux qui nous lisent, en France, en Allemagne, en Espagne, aux États-Unis, au Canada ou ailleurs : Restez vigilants ! Quand quelqu’un utilise un terme trop beau pour être vrai, grattez le vernis. Regardez bien ce qu’il y a derrière le discours. Et si vous découvrez un cafard qui se fait passer pour un papillon, il suffit d’allumer la lumière pour le faire fuir.

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